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Publié par Carole Vignaud

"Les occupations" ou la médiocrité ordinaire

"Les occupations" de Côme Martin-Karl. L'auteur de ce premier roman travaille dans la publicité après avoir été assistant parlementaire. Il écrit aussi dans "Têtu" et autres magazines de la presse écrite.

(Editions Jean-Claude Lattès, 200 pages, 17 euros)

Lorsque votre grand-père paternel a été fusillé à la Libération pour fait de collaboration et que, côté maternel, votre pépé est qualifié de « salaud » pour avoir fait son beurre pendant la même période, vous avez peu de chance d'en entendre beaucoup parler si vous êtes né pendant les trente glorieuses. C'est pourquoi Pierre, le petit-fils narrateur dans la France des années 80, ignore presque tout du passé des ses grands-papas.

D'autant que sa famille se fait une gloire de se fondre dans la masse. L'aînée de la famille faillit à la règle en entrant en Khâgne. Fort heureusement, Pierre est plus sage : il envisage un BTS gestion commerciale. L'idéal de vie des parents de Pierre est de ne surtout pas bouger de leur banlieue pavillonnaire. Et Pierre est plutôt satisfait de cette ligne de conduite. Pierre ne souhaite pas faire des vagues. Hélas pour lui, une rupture amoureuse va lui révéler l'existence de ce grand-père dont il retrouve les carnets, un début de pièce de théâtre et surtout un tapuscrit des « Mouches » de Sartre.

Pierre fait alors la connaissance de Marcel, ce grand-père amoureux des belles lettres et de l'ordre moral, qui s'est donné pour « mission » dans la France occupée de servir en endossant le costume allemand dans la grosse machine administrative chargée de vérifier que les pièces de théâtres créées alors à Paris ne comportent rien de trop visiblement antifasciste. Mais le censeur Marcel se fait une plus haute idée de son « Arbeit » et réécrit les manuscrits, donne son avis aux auteurs et rêve de se faire inviter à une « première ».

Croisant le récit de Pierre et celui de Marcel, Côme Martin-Karl dresse un portrait amèrement drôle des médiocres. D'une plume alerte mais évitant toute envolée stylistique, son roman nous conduit du Loiret (où Pierre décroche son premier travail comme vendeur de mots croisés) à la haute vallée de l'Aude où il trouve son trésor : les archives de Marcel.

Avec ce premier roman, Côme Martin-Karl explore la filiation des sous-fifres, des sans-grades. Profond et amèrement drôle.

Carole Vignaud

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