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Publié par Chantal Lévêque

Chronologie d'un adultère (avec portable)

« Moment d’un couple » de Nelly Alard

Actrice et scénariste (nombreuses séries télé, théâtre), journaliste (Télérama) Nelly Alard a publié un premier roman « Le crieur de nuit » en 2012. « Moment d’un couple » a obtenu le prix Interallié 2013.

(Editions Gallimard, 376 pages)

Chronologie d'un adultère (avec portable)

«J’ai une histoire avec une fille, ça dure depuis 3 semaines, et maintenant elle veut que je te quitte, et là, nous parlions au téléphone, je lui ai dit que j’allais au cinéma avec toi, elle a commencé une crise d’épilepsie… elle crie… je ne sais pas quoi faire, il faut que j’aille la voir ». C’est vieux comme le monde cette histoire. On ne peut pas faire plus « cliché ». Le triangle classique : le mari, la femme et la maîtresse… et le téléphone. Un quatrième personnage, qui donne une tonalité toute particulière à l’affaire. Incontournable, le portable. Permanent. Nous sommes en 2003. On n’entend que lui. Il sonne, il vibre, il laisse des dizaines de SMS. « Toute la matinée, j’ai senti mon téléphone vibrer dans ma poche. Je dois avoir 18 messages. » Il est redouté, surveillé, coupé, oublié. On appelle, on se rappelle. On transfère. On l’allume, on l’éteint. On décroche, on raccroche. Peu de pages où il n’intervienne pas. Sans lui, cette histoire ne serait pas la même. A se demander d’ailleurs pourquoi nul ne songe à s’en débarrasser. C’est un messager diabolique !

C’est donc une histoire ordinaire. Juliette et Olivier, bobos parisiens, sont mariés depuis 10 ans. Ils ont deux enfants et mènent chacun une vie professionnelle. Coup de tonnerre dans le couple. Il la met devant le fait accompli. En toute transparence. Elle doit choisir : laisser faire ou se battre pour sauver leur relation. Méli-mélo de sentiments. Flash-backs. Reproches respectifs. Interrogations, ruminations…

Côté pile, côté face : chacun parle à son tour. Un peu plus la victime que le bourreau. C’est sur elle que semble peser l’avenir de leur relation. Il est plutôt passif, consensuel… tellement indécis. Elle veille à ne pas donner libre cours à la jalousie, à la haine, à la vengeance. Elle cherche à y voir clair, à déjouer les stratégies de conquête de la part de sa rivale. Elle peaufine les siennes pour le reconquérir.

Le combat qu’elle mène, c’est toujours le même. Celui de « La femme rompue », de Simone de Beauvoir (un ouvrage cité dans le roman)… Sauf qu’ici, ce n’est pas la parole de la maîtresse que l’on entend, mais celle de l’épouse délaissée. Rien ne change, dans les faits. Mais tout dans la façon d’être, avec cette indépendance acquise qui la libère de ces liens autrefois si contraignants.

Ce ne sont que des hauts et des bas dans ce maelström sentimental. Des gouffres, souvent, dont il faut s’extirper sans faire trop de dégâts. Un vrai cauchemar ! Il faut lutter pour ne pas laisser ses bas instincts prendre le dessus. L’instinct maternel qui la fait se découvrir louve, quand il s’agit de protéger ses enfants. L’instinct de femme que l’abandon peut rendre vindicative, cruelle.

Lui, c’est l’angoisse de se retrouver sur la paille qui l’incite à la mesure. Et ses doutes quant à l’amour qu’il porte encore à sa femme. Il est entre deux eaux, parce que jamais encore il n’avait ressenti cette fulgurance. Ou peut-être que si, il ne sait plus. Vivre un tel dilemme, c’est se confronter à ses valeurs. La fidélité, la loyauté, l’éthique personnelle que l’on s’est forgée. Faire face aussi à ses imperfections, comme l’écrit Alfred de Musset, en exergue de l’ouvrage. « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux ».

Souffrance à tous les étages. C’est un choix cornélien. Dénouer le nœud sans tout démolir paraît impossible. Et tout cela, c’est écrit… et ça se lit aussi entre les lignes. C’est « cliché », encore une fois. Stéréotypé. Pathétique… « Si banal. Tellement médiocre. L’impression d’avoir vécu ça 1000 fois, par livres, par personnes interposés. » Le vaudeville dans toute sa splendeur. Mais parce que c’est de l’ordre de l’universel, de l’intemporel, on poursuit. Seul le dernier chapitre est de trop, à mon avis. Comme si l’auteure voulait se rattraper de quelque chose.

L’originalité du récit n’est pas de l’ordre de l’écriture. De ce côté-là, j’avais préféré son premier roman, « Le crieur de nuit » (Prix Roger Nimier). La densité de la langue et la force des images me semblaient plus abouties. Ici, c’est cash. Sans pathos, sans larmoiements, avec même un petit brin d’humour. De celui que l’on peut avoir lorsqu’on regarde les choses de haut. Mais il y manque de la sophistication. Même si ces dialogues sans guillemets et l’absence des points virgules perdus dans la violence des sentiments apportent de la dynamique dans le rythme du récit, il y manque quelque chose de l’ordre de la profondeur, de l’évocation aussi, si loin de cette plate réalité.

L’originalité du récit, je la placerai plutôt dans le crescendo de cette chronique, cette montée en puissance de la folie, de la malfaisance. Mais je n’en dirai pas plus ! Si on ne lâche pas ce livre, c’est parce qu’on se demande comment tout cela va finir. Et si toute vérité est vraiment bonne à dire !

Chantal Lévêque

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