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Publié par Christian Di Scipio

La mauvaise Paz

« Plonger » de Christophe Ono-dit-Biot

Né au Havre en 1975, Christophe Ono-dit-biot est directeur adjoint de la rédaction du Point (responsable des pages « Culture »). Il est l’auteur de cinq romans dont « Birmane », prix Interallié 2007. « Plonger » a obtenu en 2013 le Grand prix du Roman de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

(Gallimard, 440 pages. 21 euros)

La mauvaise Paz

Pour ma rentrée sur le blog après une longue absence, j’ai voulu jouer la sécurité. Et comme je n’ai pas mon pareil pour voler au secours de la victoire (une vieille tradition familiale italo-française datant des la fin de la Seconde Guerre mondiale, j’ai porté mon choix sur un roman récompensé par l’Académie française. Rien que ça ! Il s’agit de "Plonger" de Christophe Ono-dit-Biot, un roman écrit à la première personne.

Une remarque préliminaire : si c’est autobiographique je m’étonne qu’un brillant critique d’art du calibre de Christophe Ono-dit-Biot, doté de surcroît, d’un physique à rendre jaloux Laurent Delahousse soi-même, ait créé un narrateur assez en manque pour aller s’enticher de la seule fille à éviter dans tout Paris.

Mais venons-en à l’histoire : César, journaliste de son état, a le coup de foudre pour une jeune Espagnole dans les rayons d’une épicerie arabe à l’heure de la fermeture. Une version moderne de Roméo et Juliette chez Felix-Potin. C’était vraiment pas de bol, parce que la fille en question va s’avérer être une chieuse de première. Un archétype du genre comme seul le cinéma français nous en offre régulièrement dans ses navets intimistes les plus accomplis.

Jeune vieillard, César est revenu de tout. Et surtout de tous les drames qu’il a couverts pour son journal : guerres tribales cruelles, affrontements religieux sanglants, génocides scabreux sans oublier les catastrophes naturelles.

Notre héros se lance à la poursuite de sa dulcinée qu’il n’a entrevue que quelques secondes. Il y parvient. Elle s’appelle Paz. C’est une artiste, une photographe. Il se précipite à une exposition qui accueille quelques unes de ses œuvres et en bon journaliste, pour se faire bien voir de la belle, il publie un papier dithyrambique sur son travail.

Pas mal a priori comme stratagème pour entrer en contact. Eh bien ! pas du tout. La Paz l’a très mal pris parce que, à ses yeux, César n’a rien compris.

Pourtant après quelques digressions passionnantes sous forme de propos sur l’art, on retrouve le couple entamant une histoire d’amour. Mais merci du plat ! Du côté de la Paz, ce fut plutôt une guerre larvée. Et question câlins, bonjour ! Un mot gentil par semaine pour son amoureux transi, une bise tous les quinze du mois et un orgasme par semestre les bonnes années. Par contre elle fait la gueule 23h56mm sur 24.

A son palmarès on relève quelques faits saillants : une fugue en plein Venise, une fuite du domicile conjugal et un abandon d’enfant en bas âge. Pour elle, tout ça se termine par une plongée fatale en compagnie d’un bellâtre qui prend des postures de yoga avec un requin marteau dans les eaux coralliennes d’un émirat à la con.

A quelques pages de la fin, notre héros avait l’occasion de se consoler avec une rousse canon sur la plage, mais il laisse le lecteur sur sa faim, préférant se morfondre dans le souvenir de l’autre, la frigide un peu barjot. Comme aurait dit Clemenceau : il s’appelait César mais il nous aura vraiment pompés avec sa Paz. Requiescat in pace.

Christian Di Scipio

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Argos 13/01/2014 00:39

Il n’y a pas de meilleur cheval que celui qui se rebelle et résiste longtemps à la selle.

Sylvie 11/01/2014 19:13

En voilà une rentrée fracassante, Christian. Le rideau s'ouvre, l'artiste est là, la salle se tait... puis éclate d'un rire joyeux et fédérateur. Gratias tibo ago.