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Publié par Christian Di Scipio

Délicatement tiré par les cheveux

« Le peigne de Cléopâtre » de Maria Ernestam

Chez Gaïa. Cet éditeur installé dans les Landes publie de nombreux auteurs scandinaves.

300 pages, 21 €

Née en 1959, Maria Ernestam vit à Stockholm. « Le peigne de Cléopâtre » est son troisième roman publié en français après «Les oreilles de Buster » et « Toujours avec toi ».

Délicatement tiré par les cheveux

Touche à tout de talent, la Suédoise Maria Ernestam, s’est lancée dans la littérature après avoir tâté du chant, de la danse et du journalisme. "Le peigne de Cléopâtre" est une histoire d’amitié entre trois personnes : Anna, une jeune femme brune et rayonnante, Mari rousse, indécise et le cœur en Irlande et Frédérick, un garçon ambigu bien mal dans sa peau.

Ils se retrouvent dans le café que tient la belle Anna et vivent une amitié fusionnelle. Mais n’est-ce vraiment que de l’amitié ? Un jour, ils décident de créer une entreprise qu’ils appellent "Le peigne de Cléopâtre". Cet intitulé un peu tiré par les cheveux (c’est le moins qu’on puisse dire quand on en découvre l’explication), désigne une société de services dont le slogan est « on résout tous vos problèmes ».

Le succès est immédiat. Mais les demandes d’une certaine clientèle consistent à assassiner un mari tortionnaire, à débrancher la tuyauterie respiratoire d’une épouse adorée victime d’un acharnement thérapeutique ou à venger une fille victime d’un chauffard aussi alcoolique que dénué de remords.

L’idée pourrait servie de trame à un passionnant polar à succès comme la Suède en produit des dizaines ces dernières années. Mais non, Maria Ernestam se contente d’effleurer cette voie. Elle délaisse ce début d’intrigue criminelle pour nous dévoiler avec brio les penchants schizophréniques de ses trois personnages. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, Mari, Frédérick et Anna n’accomplissent pas des actes dont ils rêvent, mais revivent plutôt en songe des faits tels qu’ils restent ancrés dans leurs souvenirs ou leur fantasme.

C’est là que le roman bobo-écolo prend un tour quasi freudien et se mue en délicate perquisition dans la maison des secrets du trio amoureux. Un lieu de mémoire peuplé de cadavres et de morts vivants. A croire que « Le peigne de Cléopâtre » avait eu pour but inconscient de mettre à nu, à défaut de les résoudre, les problèmes intimes de ses fondateurs.

Christian Di Scipio

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