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Publié par Sylvie Coral

« J’entends encore l’écho de la voix de papa » par Théa Nougaro

(Flammarion – février 2014 – 293 pages)

Théa Nougaro. "Théa, t'es à moi", lui avait-il écrit. Photo Claude Gassian. Flammarion.

Théa Nougaro. "Théa, t'es à moi", lui avait-il écrit. Photo Claude Gassian. Flammarion.

Théa sa fille, elle aussi

Elles voulaient un enfant et lui n’en voulait pas. Mais il leur fut pourtant facile, avec leurs arguments, de leur faire un papa… Cécile, Fanny, Pablo, Théa.

Théa est le second enfant né de la seconde épouse de Claude Nougaro. Le poète-chanteur exceptionnel s’est éteint il y a dix ans, le 4 mars 2004. Pour Théa, il est le père adoré, fascinant, qu’elle a longtemps cru inaccessible.

Ce livre n’est pas une biographie de l’artiste. C’est l’histoire d’une fille comme beaucoup d’autres, à qui le père a manqué. C’est ce manque enfin compris et partiellement comblé que Théa nous relate, en revenant sur le mois qui a précédé la mort de Claude Nougaro, alors en phase terminale de son cancer. Vingt-neuf jours exactement, passés à ses côtés, sans relâche, pour se remplir, se nourrir de tout ce qu’il pourrait lui transmettre avant qu’il ne « lâche la barre ».

Il ne faut donc pas chercher la vérité de Claude Nougaro dans ce livre, même si le coin du voile est soulevé ici ou là. C’est de la vérité d’une fille qu’il est question, sa fille dont le nom est Nougaro non pas, dit-elle, « parce que je l’ai pris, mais parce qu’il me l’a donné. »

« Enfant, on voit ses parents comme des parents et non comme des hommes ou des femmes. Pourtant, j’ai vu mon père comme un homme avant de le voir comme un parent. »

Le récit de ces vingt-neuf jours est jalonné de retours en arrière, d’anecdotes, et illustré des textes du poète dont Théa extrait les preuves d’un amour paternel si rarement dit.

A propos de la fratrie, elle écrit : « Nous avons partagé l’océan Nougaro avec ses départs et ses retours, ses tempêtes et ses calmes, ses vagues et ses embruns, sa complexité, sa beauté et sa grandiosité. Nous avons partagé la même intimidation face au génie ».

Claude Nougaro a composé une chanson pour chacun de ses enfants, sauf pour Théa. Cette omission, qu’il expliquait par son incapacité à « écrire sur commande », a causé à Théa une douloureuse blessure. « Accepter de n’être pas la prunelle des yeux de papa ». Mais plus tard, il lui offre un texte magnifique intitulé « Théa moi ». T’es à moi…

« Mon père avait ces phrases courtes et percutantes qui propulsent dans une compréhension éclatante et instantanée ». On ne peut mieux décrire son art.

Ce récit est celui de la réconciliation intérieure et solitaire d’une fille aimante, du cheminement intime d’une Poucette, retrouvant sa route grâce aux pépites poétiques semées dans l’œuvre de son père.

Théa Nougaro, quoique dotée d’une très jolie plume, ne prétend pas être poète ou écrivain. Elle ne chante pas non plus. Rien de tout cela. Elle est interprète en langue des signes. Son métier se nourrit de silence, quand son père sublimait les mots, les sons, les notes. Un paradoxe qui fait sans doute sens.

« Ce mois si proche de mon père pour me gorger de lui, c’était pour ne rien regretter ». Théa Nougaro nous offre là un témoignage précieux, poignant et universel sur la transmission et ses multiples formes, sur l’amour parental et filial et ses infinies expressions, sur la mort qui parfois rapproche autant qu’elle sépare.

Sylvie Coral

Claude Nougaro sur la scène du Festival de Carcassonne le 20 juillet 1975. Photo Alain Charles

Claude Nougaro sur la scène du Festival de Carcassonne le 20 juillet 1975. Photo Alain Charles

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Bernard 23/03/2014 09:30

Oubli réparé, Chantal, avec cette belle interprétation de "Dansez sur moi". Et merci, Sylvie, de nous faire découvrir cette Théa dont le livre est né sans doute de "la" chanson qu'elle n'a pas eue.

Ch. 21/03/2014 12:57

Belle présentation ! Mise en forme très agréable aussi pour les yeux ! Manque plus que la poésie des rimes, en musique...