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Publié par Sylvie Coral

Aqua alta pour cœurs à marée basse

« Seule Venise » de Claudie Gallay

Actes Sud / Leméac – paru en janvier 2006 – réédité par Babel (300 pages).

De Claudie Gallay il est déjà question quelques pages plus bas, c’est exact (1). Pourquoi écrire un nouvel article sur cet auteur, à propos de surcroît d’un roman paru en 2006 ? Et bien parce que.

Aqua alta pour cœurs à marée basse

Parce qu’il est des écrivains qu’on ne se lasse pas de goûter, dont chaque nouveau roman est une invitation à lire ou relire l’œuvre déjà produite. Les livres de Claudie Gallay ont un dénominateur presque commun, sans pour autant se répéter. Que nous arpentions le littoral de la Hague pour étudier les oiseaux, que nous cherchions dans la Savoie enneigée les traces du passé, c’est la silhouette d’une femme que nous suivons. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Une femme simple, ni trop ceci ni pas assez cela, qui fait avec, qui apprend à faire sans, qui se répare sans en faire tout un plat, parce que l’important est ailleurs.

Cette fois-ci, l’ailleurs, c’est Venise en plein hiver, désertée par les touristes, une cité que ses résidents se réapproprient. Quittée par son compagnon, la narratrice décide d’y séjourner sans autre but que de fuir son désarroi. Elle loue une chambre dans une pension de famille peu luxueuse, également occupée par un vieux prince russe mélomane, en fauteuil roulant, et par un jeune couple d’amoureux en pleine lune de miel. Elle, elle est « à l’étape suivante. Celle où il faut oublier ». Sa très brève rencontre avec Dino, un libraire passionné par la littérature et par la ville, va doucement l’y aider. Tous les personnages se livreront mutuellement, pudiquement, des bribes de leurs vies respectives. Et chacun verra ses lignes bouger.

Aqua alta pour cœurs à marée basse

Mais s’il y avait une seule raison de lire ce roman, ce serait la seule Venise, dont l’omniprésence nous entraîne dans un troublant voyage. On arpente les rues pavées, on pousse la porte des immeubles et des sites historiques. Le clapotis de l’eau, l’odeur de la lagune, la couleur blanc-gris du ciel d’hiver, le goût de l’ombra aux oignons confits ou des pâtes fraîches à la sauce roquette, celui du chocolat brûlant à la terrasse des cafés, sont un appel vertigineux à tous nos sens.

A la fin de l’histoire, alors qu’il est inévitable de reprendre le bateau, le lecteur n’est pas triste, lui non plus, mais rempli du « sentiment diffus », si agréable, de s’être un peu quitté.

C’est pour cela, vraiment, qu’il n’est pas inutile de déboucher cette bouteille de huit ans d’âge. Parce que Claudie Gallay est un auteur qui compte et trace une route claire dans le paysage littéraire français.

Sylvie Coral

(1). Voir "Claudie Gallay prend de la hauteur" consacré à son dernier roman "Une part de ciel".

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CHA L 28/04/2014 13:24

A lire AVANT de se rendre dans la Sérénissime… seule ou accompagnée :
ce serait mon ordonnance.
Pour l’atmosphère, surtout… parce que je pense que Claudie G. excelle dans ce genre-là.
J’ai préféré celui-ci au plus récent, dont parle le blog… je ne sais pas pourquoi.
Peut-être pour le lieu, le personnage…
Quoiqu’il en soit, c’est une auteure qui donne le goût de la solitude, et rien que pour cela, je l’apprécie.

Dranreb 24/04/2014 11:40

En effet, les personnages de Claudie Gallay se ressemblent beaucoup. Les deux femmes de "Seule Venise" et "Une part de ciel" ont d'ailleurs à peu près la même manie photographique. L'une se fait faire un photomaton chaque 23 du mois; l'autre photographie chaque matin à la même heure le même balcon. Ce besoin de fixer à intervalles réguliers l'éphémère (ou le temps) a quelque chose de désespéré.