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Publié par Christian Di Scipio

Bond relooké par Boyd

« Solo » de William Boyd

Editions du Seuil, 340 pages, 21,50 €

William Boyd, un des grands noms de la littérature britannique contemporaine (« Un Anglais sous les Tropiques », « Comme neige au soleil »), a repris les aventures de James Bond de Ian Fleming décédé en 1964. Un défi plus que réussi. Le célèbre agent 007 en sort bonifié et étonnamment francophile.

Bond relooké par Boyd

Ian Fleming, l’auteur des James Bond qui connurent un succès de librairie mondial dès la parution de Casino Royale, le premier opus de la série en 1953, eut la très mauvaise idée de mourir à la fleur de l’âge pour un écrivain, en 1964. L’année où Goldfinger, le plus mythique des films tirés de ses romans triomphait sur les écrans. Ah ! qui aurait pu résister à la sensualité de Shirley Eaton, déployant son corps nu recouvert d’une subtile couche de poudre avec la voix magique de Shirley Bassey en fond sonore ? Même pas Bond, lui-même. Et pourtant, des beautés glaçantes et troublantes, il en a connu, au vrai sens biblique, notre 007. Rappelons-nous une de ses plus belles conquêtes : Ursula Andress émergeant des flots bleus en bikini jaune dans James Bond 007 contre Dr No en 1962.

Sacré Bond ! C’est un inlassable séducteur mais aussi un immortel guerrier aux prises avec les forces du mal souvent incarnées par des apprentis maîtres du monde aux noms germaniques ou par des dictateurs venus des Etats-prisons de l’Est.

Disons-le tout net, tout cela n’est pas sérieux. Nul doute que Ian Fleming, vrai agent de renseignement britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est amusé à créer un espion loin de l’univers laborieux et anonyme des services secrets. Des vrais. Il fait de Bond un play boy aussi professionnel et cruel dans le "travail" que naïf en dehors des heures de bureau dès qu’une Mata Hari lui pointe le bout d’un sein à travers un corsage transparent. Un dôle de type qui espère passer inaperçu en se tapant des whiskies de marque dans les bars des hôtels de luxe et qui se déplace en voiture de sport tape-à-l’œil.

Bond relooké par Boyd

Que reste-t-il de cette quincaillerie qui a fait la fortune des romans d’origine signés Fleming dans « Solo » de William Boyd, le premier auteur à être autorisé par les héritiers de Fleming à reprendre les aventures de James Bond ? Sans conteste, le meilleur.

Boyd est beaucoup plus concis dans le déroulement de l’intrigue. On se perd en bonnes conjectures romanesques sur ce qui motive les actes de certains personnages, au premier rang desquels la douce Grâce Ogilvy-Grant, une innocente contre-espionne et le brutal Kobus Breed, un affreux Sud Af’. Tout cela est bien ficelé, plein de rebondissements comme il sied dans ce genre de récit d’aventures.

L’action se déroule dans les années 60 au Zanzarim, un pays d’Afrique regorgeant de pétrole où les grandes puissances occidentales jouent gros. Mais au lieu que Bond soit un héros qui pige tout avant les autres comme le veut sa légende, il est autant le jouet de ses ennemis qu’il se joue d’eux. Il ne gagne pas à tous les coups et se voit même contraint de finir la partie en solo, c’est-à-dire en agissant hors de sa mission initiale.

On retiendra enfin la french touch de ce James Bond relooké par William Boyd. Le héros émaille sa conversation et ses monologues intérieurs de proverbes et de phrases toutes faites en français dans le texte anglais original. Il lui arrive même de se montrer gastronome averti, ce qui change du personnage tel que Fleming l’avait imaginé. Encore un épisode et l’agent 007 du service de Sa Majesté très britannique risque de passer avec armes et bagages dans les rangs du Deuxième Bureau, la célèbre agence de renseignement française de sixties. Pour un Ecossais, désormais francophile comme Bond, serait-ce si invraisemblable ?

Christian Di Scipio

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Eivlys 12/04/2014 17:48

Et William Boyd apprécie le bon vin, ce qui ne gâche rien. C'est un écrivain gentleman, qui s'exprime dans un français excellent et a rendu à notre langue un hommage sincère et étonnant, sur le plateau de la Grande Librairie, le mois dernier. De quoi, en l'écoutant, fondre comme neige au soleil.