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Publié par Bernard Revel

Le visage "innocent" de Joseph Delteil pris sur le vif à la Galaube en juillet 1972 par le photographe Pierre Calmettes.

Le visage "innocent" de Joseph Delteil pris sur le vif à la Galaube en juillet 1972 par le photographe Pierre Calmettes.

Joseph Delteil est né le 20 avril 1894 à Villar-en-Val dans l’Aude, il y a 120 ans. Les antennes de télévision, la petite route goudronnée, les voitures, le tracteur dans la vigne : supprimez tout cela et c’est comme si vous y étiez ce jour-là, au cœur des Corbières, entre rocs et garrigues, au fond d’un trou écrasé par les « pechs » du Val de Dagne. Limoux est à 15 kilomètres, Lagrasse à 8. A 6 heures du matin, à la métairie de Lapradeille, Madeleine Delteil, 23 ans, donne naissance à un « enfant de sexe masculin » qui sera prénommé Joseph. Le père, Jean-Baptiste, 36 ans, est bûcheron-charbonnier.

Cette naissance à la maison, trop banale pour Joseph Delteil, se transformera plus tard, sous sa plume, en une communion mystique avec la nature : « Je vins au monde un jour de vent, dans un tas de bruyère, au soleil. Cela advint en quelque forêt d’alisiers et de chênes verts, sur les confins du Roussillon et du Languedoc, vers la troisième heure après-midi, qui est l’heure des vêpres. Ma mère était allée cueillir des arbouses ou des glands, que sais-je ? Ou peut-être obéissait-elle dans l’abîme de sa chair à ce hasard divin, à ce Dieu hasardeux qui portent en tous lieux l’homme en croupe. Je crois au destin comme à la rose. Il faisait chaud, et sans doute entends-je encore parfois dans mes veines, les soirs de fièvre, ce délire d’insectes rayonnants et ces durs cris d’oiseaux qui éblouissaient à cette heure les bois. Soudain, elle porta la main à son ventre, du propre geste d’Andromaque. Elle chut volante sur la bruyère en fleur, les cigales dans l’air, à la baïonnette ! Et c’est là que je pris substance, parmi les chênes et les mousses, dans une solitude ardente, face au ciel que j’aime. »

Jean-Baptiste Delteil et Madeleine, née Sarda, sont originaires des environs de Montségur dans l’Ariège. Villar-en-Val est pour eux une étape de hasard imposée par le métier de « bouscassier ». C’est là que naîtra aussi Marie avant que la famille n’aille s’établir à Pieusse, tout près de Limoux, lorsque Joseph a 4 ans.

Il grandit à Pieusse, la vraie patrie de son cœur, parmi le petit peuple des vignes et de la blanquette, avec pour langue maternelle le « patois » et pour seule distraction la messe et le catéchisme. Sa mère qui ne sait pas lire et qui est très pieuse, encouragée par les excellents résultats scolaires du garçon, rêve d’en faire un prêtre. Des études s’imposent donc. Le voici au collège de Limoux où il glane tous les premiers prix puis au petit séminaire de Carcassonne. Brillamment reçu au bac, il délaisse la religion pour devenir, en 1913, clerc de notaire à Limoux.

Sur le fleuve Delteil

Quand la guerre éclate, Joseph Delteil a 20 ans. Par un coup de chance inouï, lui qui ne bénéficie d’aucune recommandation, est affecté d’abord au 4e régiment colonial de Toulon puis chez les tirailleurs sénégalais à Fréjus où il restera jusqu’à l’armistice. Loin des tranchées et de la « boucherie », le futur auteur des « Poilus » taquine la muse. Il rencontre Hélène Vacaresco qui anime à Saint-Raphaël la revue « Les Tablettes ». Elle aime ses vers et publiera en 1919 « Le Cœur Grec ». Mais les premiers écrits imprimés de Delteil datent de 1914 : il s’agit d’un sonnet en langue d’oc qui a paru dans « l’Almanac Patouès de l’Ariéjo ». Plus tard, en 1918, deux poèmes d’un certain Louis XV alias Joseph Delteil, sont publiés dans la revue « Annales ».

La guerre finie, Joseph devient fonctionnaire, dans les Vosges d’abord puis en 1920 à Paris, la ville dont il rêve. C’est à Paris que Delteil « a eu lieu », écrit Robert Briatte (« Joseph Delteil, qui êtes-vous ? » 1988). « C’est à Paris qu’il débarque, avec son accent de l’Aude à couper au couteau – tellement fort qu’on le prendra souvent pour un Russe ou un Polonais – avec un recueil de poèmes en poche ».

Sur le fleuve Delteil

Rédacteur au ministère de la Marine marchande le jour, le soir il écrit. « Le Cœur Grec » obtient un prix de l’Académie française. Nourri de José Maria de Heredia, de Huysmans et d’Henri de Régnier son « maître » qui lui fera la grâce de le recevoir et d’écouter ses poèmes, Joseph Delteil, deux recueils plus tard (« Le Cygne androgyne » et « Les Roses adultères ») et malgré la bénédiction de Paul Valéry, va vite puiser à d’autres sources. Sa conversion, il la doit à un collègue de bureau, Elie Richard, qui publie dans sa revue « Images de Paris » des textes d’artistes « jeunes et indépendants ». Il lui fait rencontrer Pierre Mac Orlan et d’autres auteurs, lui fait découvrir les livres qui comptent dans cette après-guerre annonçant un monde nouveau. Le jeune Audois renonce aux vers et écrit un conte, « Elyad » qui paraîtra dans le numéro de juin 1921 d’Images de Paris. Un nouveau Delteil est né, celui dont Elie Richard dira : « Il finira en prison ou au cloître ».

Ni l’un ni l’autre. « Nous nous sentions libres et nus, des pionniers, écrira-t-il dans « La Deltheillerie. Chacun allait de l’avant, tout armé de ses instincts. Les ismes pullulaient : dadaïsme, futurisme, orphisme, unanimisme, simultanéisme, expressionnisme, surréalisme, etc. Ah ! La belle aube ! Etais-je dada, surréaliste ou quel iste ? Plutôt dada en somme, au commencement ». En septembre 1922, Jacques Rivière publie dans la NRF « Iphigénie » qui scandalise de nombreux lecteurs dont Paul Claudel. Un style nouveau, provocant, unique éclate déjà dans ces pages. Encore quelques semaines et le fleuve Delteil va inonder la république des lettres.

Joseph Delteil et ses amis surréalistes à la foire de Neuilly en 1924. De gauche à droite : Max Morise, Max Ernst (à bicyclette), Simone Breton, Paul Eluard, Joseph Delteil, Gala Eluard, Robert Desnos et André Breton.

Joseph Delteil et ses amis surréalistes à la foire de Neuilly en 1924. De gauche à droite : Max Morise, Max Ernst (à bicyclette), Simone Breton, Paul Eluard, Joseph Delteil, Gala Eluard, Robert Desnos et André Breton.

1922. Joseph Delteil a 28 ans. Il remet à Pierre Mac Orlan un manuscrit que ce dernier, enthousiasmé, fait aussitôt publier par les éditions de la Renaissance. « Sur le fleuve Amour », dédié « à Maman, à la Vierge Marie et au général Bonaparte » connaît un succès de scandale. Aragon, André Breton, Philippe Soupault, Valéry Larbaud, entre autres, crient au génie. Delteil est aussitôt embrigadé dans les troupes surréalistes, devient la coqueluche de l’avant-garde, l’exemple à suivre. Ses nouveaux amis ont pour noms Robert Desnos, Jules Supervielle, Jacques Doucet, Chagall et surtout Sonia et Robert Delaunay qui vont devenir sa « famille » parisienne. Une jeune romancière bien en vue, Maryse Choisy, tombe sous son charme, partage avec lui cette époque endiablée et écrira un « Delteil tout nu », ouvrage passionné qui se termine cependant par ces mots : « Maintenant, je veux être moi. Delteil est un bouffeur de "moi". Adieu Delteil ».

Sur le fleuve Delteil

Et lui, que sa nouvelle vie trépidante rend plus inventif, plus audacieux encore, écrit « Choléra », véritable coup de tonnerre de l’année littéraire 1923, préfacé par ces seuls mots signé JD : « L’Art c’est moi ». Avec ce roman, Delteil se libère complètement : « J’ai fait mon strip-tease mental », confiera-t-il plus tard à Jean-Marie Drot. « Je criais de toute ma force, de toute ma voix, comme un oiseau qui sort de sa cage et qui vole dans l’air tout seul ». André Breton est conquis : « Dans Choléra, il n’y a qu’à admirer ». Drieu La Rochelle s’écrie : « Chauves, lisez Choléra, vos cheveux repousseront ! »

Delteil est désormais lancé. Il abandonne son emploi de fonctionnaire, change d’appartement, jouit de sa gloire toute neuve, devient le surréaliste à la mode, celui qu’on exhibe dans les salons. Il parvient encore à étonner, à éblouir avec « Les Cinq Sens », histoire d’une épidémie qui lui permet de brasser, à sa manière à lui, l’humanité toute entière. « Grammaire, que veux-tu pour ta fête ? Une syntaxe avec des seins ! » Avec des phrases de ce tonneau jetées en vrac dans ce livre fou, Delteil proclame la prééminence du style sur le fond, de l’Art sur le Moi et, après Rabelais et Rimbaud, avant Céline, donne un coup de vieux à la littérature française. Rien ne semble, dès lors, pouvoir l’arrêter.

Avec « Jeanne d’Arc » en 1925, il atteint cependant un sommet qu’il ne pourra plus dépasser sans une remise en question totale. Le scandale, cette fois, est tel qu’on n’a pu le comparer qu’à la bataille d’Hernani. L’incipit donne le ton : « Jeanne vint au monde à cheval, sous un chou qui était un chêne ». L’héroïne de Delteil coupe la France catholique en deux. Le journal La Croix prend la tête de la croisade contre un auteur qui ose faire de la Pucelle, canonisée depuis cinq ans seulement, une femme de chair et de sang. Paul Claudel, Jacques Maritain et d’autres intellectuels chrétiens soutiennent en revanche la Jeanne de Delteil qui sera adaptée au cinéma par Carl Dreyer (1928). Mais chez les surréalistes, un tel sujet ne saurait être en odeur de sainteté. Le rejet est aussi violent que le fut naguère l’entichement pour l’auteur de « Choléra ». André Breton « excommunie » Delteil. Le roman n’en obtiendra pas moins le prix Femina et un énorme succès. Dans le Var, un jeune homme sort littéralement « saoul comme une bête » de la lecture de « Jeanne d’Arc ». Il s’appelle André de Richaud, né à Perpignan. Il écrit aussitôt à l’auteur : « Je viens de boire d’un trait les pages de votre Jeanne d’Arc comme autant de verres de nos vins lourds du Roussillon et la bouteille est encore pleine. Merveille des merveilles ! » Il publiera bientôt une « Vie de Saint Delteil », rééditée en 1984 par Le temps qu’il fait.

Que faire après « Jeanne d’Arc » ? Joseph Delteil s’attaque à un autre sujet sacré : « Les Poilus ». Mais ce livre qu’il qualifie d’épopée ne fait ni scandale ni même l’événement. A la fois respectueux et image d’Epinal, il déçoit. Après quatre ans de tourbillon culturo-mondain, le jeune homme ressent la nostalgie de Pieusse. Il y revient pour quelques courts séjours, écrit « Perpignan », « L’Ode à Limoux », puis, pour sa gloire parisienne, « Allô ! Paris ! » et « La Jonque de porcelaine » (1927), une œuvre à part qui ne manque pas de charme mais dont le style est curieusement assagi.

Sur le fleuve Delteil

« Delteil, écrit Robert Briatte à propos de cette époque, est partagé entre son ambition littéraire, que nourrit la capitale, et le désir de la paix que lui procure sa vie au soleil ». Avec ses amis Marc Chagall et Robert Delaunay, il fait une mémorable virée automobile à l’automne 1927 sur les routes de l’Aude et jusqu’en Roussillon, chez Maillol à Banyuls. Puis, la vie d’écrivain continue avec, bon an mal an, un titre qui ne laisse pas indifférent (« La Fayette » en 1928, « Il était une fois Napoléon » en 1929, « Saint Don Juan » en 1930, « Le Vert Galant » en 1931), mais qui ne projette plus Delteil sur l’avant-scène. Lui-même est conscient d’une certaine usure. Il se sent moins inspiré et ne retrouve sa joie d’écrire qu’en célébrant dans un petit ouvrage « La Belle Aude ».

Si « l’Homme est une flèche à la poursuite d’un rêve », ainsi qu’il l’écrit dans « La Fayette », alors il est peut-être temps pour Delteil de se mettre en quête de la bonne cible. Deux événements vont l’y aider : sa rencontre en 1930 avec l’Américaine Caroline Dudley qui avait fait venir à Paris la Revue Nègre où triomphèrent Joséphine Baker et Sidney Bechet ; son hospitalisation en 1931 pour une pleurésie tuberculeuse dont il gardera toujours les séquelles.

Joseph Delteil, Robert Delaunay et Jean Girou photographiés par Marc Chagall lors de leur voyage dans l'Aude. (Photo colorisée pour la couverture du livre de Jean Girou : "L'itinéraire en terre d'Aude").

Joseph Delteil, Robert Delaunay et Jean Girou photographiés par Marc Chagall lors de leur voyage dans l'Aude. (Photo colorisée pour la couverture du livre de Jean Girou : "L'itinéraire en terre d'Aude").

Joseph Delteil, fuit la gloire à l’approche de la quarantaine. « Et je suis parti… J’ai quitté Paris, j’ai quitté le monde pour un monde meilleur » (« La Deltheillerie »). Une longue période de voyages dans le sud de la France et en Italie commence, qui le détache de plus en plus de Paris. Il rencontre Henry Miller, s’essaie à la viticulture dans le Gard, perd beaucoup d’argent et enfin trouve en 1937 son nouveau port d’attache : la Tuilerie de Massane à Grabels, près de Montpellier.

La vie de Delteil commence-t-elle ou s’arrête-t-elle au milieu des vignes qui seront peu à peu grignotées par la capitale du Languedoc-Roussillon ? Un nouveau Delteil est-il né dans cette propriété à l’ombre des pins ? Pour son biographe Robert Briatte, il y a deux Delteil, celui qui est monté à Paris et celui qui est revenu au Midi de ses origines. L’Audois Jean-Louis Malves, auteur d’un passionné « Delteil en habit de lumière » (Loubatières) voit au contraire en lui un écrivain occitan ayant toujours fait preuve « d’une très grande continuité dans son parcours littéraire et humain ».

Joseph Delteil dans son salon-bibliothèque de la Tuilerie photographié par Bob Ter Schiphorst.

Joseph Delteil dans son salon-bibliothèque de la Tuilerie photographié par Bob Ter Schiphorst.

Idéalisée dans ses dernières années par des reportages ou des films comme ceux de Jean-Marie Drot, la vie de Joseph et Caroline à la Tuilerie n’était sans doute pas sans nuages ni regrets. S’il avait fui « le métier d’homme de lettres », Delteil n’en avait pas moins transformé, comme le rappelle Robert Briatte, sa « salle de séjour rustique en galerie d’exposition pour des lecteurs-visiteurs obsédés par la moindre référence à un passé glorieux ». La Tuilerie réunit en un contraste saisissant les deux vies de Delteil : celle de Pieusse, puisque ses parents et sa sœur sont venus y vivre et mourir ; celle de Paris à travers souvenirs et visites.

L’écrivain Joseph Delteil n’est pas « enterré » pour autant. C’est vrai, ni « Jésus II » (1947) ni « François d’Assise » (1960) qui témoignent pourtant d’une puissance créatrice intacte, ne suscitent l’engouement de jadis. Mais la publication en 1961 de ses « Œuvres complètes » en un seul volume chez Grasset crée cependant l’événement. Delteil n’a retenu que six titres : « Sur le fleuve Amour », « Choléra », « Jeanne d’Arc », « Saint Don Juan », « Jésus II » et « François d’Assise ». « Et tout le reste au feu ! » exige-t-il. Il regrettera plus tard cet autodafé symbolique de ses propres livres. En 1975, dans une lettre à son éditeur, il reconnaît avoir été « extrêmement sévère et presque méchant ». « Mais quoi ! ajoute-t-il, qu’est-ce que l’auteur, sinon, tant qu’il est vivant, le maître absolu de son ouvrage et qui a le droit, jusqu’à la dernière heure de le corriger et de le modifier, et même, naturellement s’il le juge bon, de révoquer sa révocation ! » Le « sauvetage » des œuvres condamnées est alors envisagé. Mais il n’aura lieu qu’après la mort de l’écrivain grâce à un libraire carcassonnais, Patrick Collot qui réédite à partir de 1982 « La belle Aude » et « Perpignan » avant de s’associer avec les éditions Denoël et Le temps qu’il fait pour faire paraître « Les Cinq Sens » et « Il était une fois Napoléon » (1983, en un volume), « La Jonque de porcelaine » (1985), « A la belle étoile » (1987) et « Musée de Marine » (1990).

Sur le fleuve Delteil

Chaque été, Joseph et Caroline passent quelques semaines dans la fraîcheur de la montagne Noire à la Galaube. Ils reçoivent en août 1972 la visite du journaliste de l’Indépendant Georges-Henry Gourrier. « Je suis un adversaire théorique du travail, lui confie Delteil. S’il s’agit de cueillir des fraises ou des noisettes, s’il s’agit de poser un collet pour les merles ou les lapins, s’il s’agit de cultiver ma vigne pour mon vin à moi, je suis d’accord. Je suis d’accord pour ce qu’on appelle le travail pour la nourriture de l’homme. Ce à quoi je répugne, c’est le travail pour acheter des canons, pour inventer des choses pour aller dans la lune, pour fabriquer des instruments dont l’homme n’a absolument pas besoin. Pour ce travail là, je dis honte à lui et le moins possible quant à moi. Et le moins possible pour le genre humain ».

La Tuilerie de Massane étant devenue son univers, il bâtit autour d’elle un système de pensée ou plutôt de « sensations ». En 1964, l’éditeur Robert Morel publie une belle et savoureuse « Cuisine paléolithique », nouvelle démonstration de la joie créatrice de Delteil. Quelques années plus tard, « La Deltheillerie », autobiographie d’une verve réjouissante, rencontre un écho profond auprès des jeunes qui, après Mai 68, rêvent de changer la vie. « Certains me traitent de beatle, ou beatnik ou hippie à mon âge, écrit-il, because cheveux longs et idées folles. Bah ! s’il faut un uniforme à la liberté, pourquoi pas le poil ! Mais beatle d’âme parbleu ! »

Le théâtre ressuscite « Jésus II » grâce à Jacques Echantillon, directeur des Tréteaux du Midi, qui met en scène en 1975 cette folle histoire d’un fou magnifiquement incarné par Jean-Claude Drouot, prêchant à tous vents : « Ce que tu rêves, fais-le ! » Atteint par le virus Delteil, Drouot n’a de cesse, depuis, de faire revivre aux Estivales de Serres, près de Limoux, ou ailleurs, son œuvre d’éternelle jeunesse.

Joseph Delteil s’éteint le 12 avril 1978. Radio Toulouse lui avait donné l’occasion de pousser, en décembre 1977, un dernier cri : « Je suis vieux et malade. Et interdit de parler. Mais quiconque respire aujourd’hui a le devoir absolu, sous peine de mort, de crier, de hurler, ou de murmurer, ou de soupirer, ou de siffler, ou de grogner avec les dents, avec les poings, avec le sang : à bas les centrales nucléaires ! Le nucléaire c’est la question de vie ou de mort. Le nucléaire, voilà l’ennemi. » Ce fut la dernière fois qu’on entendit la voix fragile et gouleyante de Joseph Delteil. Au cimetière de Pieusse, repose près de Caroline qui l’a rejoint en 1982, celui qui rêvait pour épitaphe un seul mot : « Innocent ».

Bernard Revel

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LC 23/04/2014 02:25

Pieusse, Lapradeille, Lagrasse, Limoux… une haute vallée de l’Aude qui aurait accouché d’un tel hurluberlu… rien d’étonnant. Allez-y voir, rien n’a changé là-bas. Jusqu’aux publicités pour Dubonnet sur les vieilles façades, qui résistent encore au temps. Un bel hommage à celui qui y a vu le jour !

Rouquette 22/04/2014 10:54

Ah Bernard, quel bonheur de te lire à nouveau ! Bon vent !
Laurent Rouquette

Didier 18/04/2014 12:00

Merci à l'Audois Bernard pour cette superbe, et très complète, évocation du vieux Joseph. Avec le plaisir d'y retrouver des références de mon ami grenoblois Robert (Briatte), deltelien s'il en est.

Bernard 20/04/2014 09:26

Merci à toi Didier. Les livres de Robert Briatte sont la bible des Delteiliens. Son "inventaire" en particulier, préfacé par Robert Morel (éditions de la Jonque), est une somme indispensable.