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Publié par Chantal Lévêque

Bonnes nouvelles d'un aventurier

« S’abandonner à vivre » de Sylvain Tesson

Ecrivain et aventurier, Sylvain Tesson, 42 ans est l’auteur notamment de « Une vie à coucher dehors » (Prix Goncourt 2009 de la nouvelle) et « Dans les forêts de Sibérie » (Prix Médicis essais 2011). Photo C. Hélie/Gallimard

(Editions Gallimard, janvier 2014, 221 pages)

Bonnes nouvelles d'un aventurier

Entre un roman et des nouvelles, le lecteur compulsif choisit généralement le roman. Comme un cinéphile qui rarement se déplacera pour des courts-métrages. Nombre incompressible de pages, une histoire au long cours, des personnages fouillés : l’objet paraît toujours plus nourrissant. C’est la promesse de longues heures dans un seul paysage.

Mais quelquefois, c’est bien dommage. Comme me l’a démontré la lecture de « S’abandonner à vivre » de Sylvain Tesson : une vingtaine de micro-fictions absolument savoureuses. Ça claque, ça tangue, ça laisse rêveur et méditatif. C’est tonique, ça bouscule, ça dénonce et ça surprend. Ça résonne (et ça raisonne bien, mine de rien !). Et c’est toujours très éclairé de toutes les sortes de soleils !

La concision d’un orfèvre au service d’une littérature subtilement engagée, avec juste ce qu’il faut de recul, de drôlerie, de légèreté pour décrire des portions de vie dans des décors qui vous entraînent du fin fond de la Sibérie jusqu’aux sables brûlants du Sahara, en passant par le petit monde des bobos à Paris ou dans un trou perdu d’Afghanistan.

Il y a, en particulier une truculente bataille entre une armée d’un millier d’hommes, sous la bannière d’une « Association de reconstitution des batailles napoléoniennes », et deux cents miliciens diligentés par l’armée russe, à l’appel du maire du Borodino. Une vraie caricature de maire qui ne voit pas d’un très bon œil une commémoration cette année-là, pour des raisons électorales. Il lui faut décider de l’assaut, le président (de ladite l’Association)-général-empereur s’étant fendu de ce mot : « Je lui enverrai dix mille boulets, qu’il aille se faire pendre en Iakoutie, on maintient la fête, l’Histoire jugera ». C’est alors que son téléphone portable se met à sonner… je ne vous en dit pas plus, juste qu’il y a sous roche une histoire de femme…

Les femmes chez Tesson sont souvent superficielles, séductrices, réduites à abuser de leurs charmes ou à passer leur temps à les entretenir, à mettre en péril la vie des hommes. Le beau rôle, c’est pour eux. Ils sont héroïques, courageux, bourrés de testostérone et fonctionnant à l’adrénaline. Et bien sûr, toujours empreints de la plus grande humanité.

La chute ? C’est la pirouette toujours déconcertante, percutante, stupéfiante… en un mot : épatante ! Et qui vous porte à la réflexion. Vivre vite ou se laisser porter par le courant ? Le progrès : gage d’un monde meilleur ? Et qu’en est-il alors de la solidarité, de l’ennui, de l’héroïsme ou du fatalisme ? A quoi mènent les histoires d’amour ? Jusqu’à quelles extrémités poussent-elles les hommes !

Ne serait-ce pas les femmes qui président aux grands événements du monde ? La compagnie des bêtes ne vaudrait-elle pas mille fois mieux que celle des hommes ? Et peut-on encore se faire ermite dans le monde d’aujourd’hui ? Faire l’amour à la bougie ? Ou écrire une nouvelle sans verser dans la litote ?

Autant de questions que de brèves histoires qui souvent n’excèdent pas trois pages et qui, pour certaines, s’essoufflent un peu vers la fin, mais qu’importe !

Tant de voyages nous emportent loin de notre vie minuscule et c’est toujours délicieux de se laisser ainsi porter par l’imagination, au creux de son fauteuil, l’esprit bousculé par ces petites fables morales pleines d’humour et d’ironie.

Chantal Lévêque

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