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Publié par Bernard Revel

Loïc Robinot
Loïc Robinot

C’est drôle, quand j’ai vu cette photo, j’ai pensé à une tête de chien, un berger des Pyrénées peut-être, vous savez, ces chiens à poils si longs qu’ils leur cachent les yeux. Je crois que la comparaison n’est pas pour lui déplaire. C’est un homme à aimer les chiens et les chats. Longtemps, je n’ai même pas su son nom. Il venait quelquefois dans l’arrière-salle d’une galerie où une poignée d’hurluberlus s’adonnent au vice de la poésie. Oui, ça existe encore. Lui, il est du genre je reste dans mon coin et j’attends. Tard dans la soirée, il commence à tapoter sur sa guitare et chante en français ou en anglais. Nous sommes quelques dizaines à l’écouter, un verre à la main, dans ce lieu pas plus grand que les cabarets où jadis débutèrent Ferré, Brassens, Barbara. Lui n’est pas un débutant. Il a connu, au temps de sa jeunesse dans les années soixante-dix, les derniers cabarets parisiens, en particulier « Chez Georges », rue des Canettes, « une cave à chansons » enfumée où il fit ses premières armes, assis sur une enclume devant soixante à quatre-vingts personnes. Je sais tout cela parce que je l’ai lu dans un livre qu’il m’a offert.

Sur la route de Loïc, un certain... Brassens

Je l’ai rencontré, en effet, lors des dernières Vendanges littéraires, près du stand des éditions Cap Béar où j’ai découvert que le Loïc Robinot auteur de deux très beaux livres de photographies sur Collioure et le Canigou, c’était lui. Il y a des photos en noir et blanc dans celui qu’il m’a offert. Ce ne sont pas des œuvres d’art mais le témoignage d’une histoire vécue que révèle en couverture, barrant une silhouette de légende, le titre : « Sur ma route, un certain… Georges Brassens ». Des gens qui ont rencontré Brassens, ça ne manque pas, il en est même qui, à la télé ou dans les journaux, excellent à transformer un simple contact en une amitié « franco de port ». Loïc n’est pas de ce tonneau. Modeste comme il est, j’imagine qu’il a longtemps hésité avant de faire paraître son livre fin 2013. Mais son aventure est trop belle pour tomber dans l’oubli. Il la raconte simplement, sans en rajouter, sans emphase, avec des mots qui sonnent juste. C’est l’histoire d’un jeune Breton qui, tantôt écoutant le trente-trois tours « Les Copains d’abord », tantôt grattant sa guitare, rêve de devenir un nouveau Brassens. Banal, n’est-ce pas, en cette fin des années 60. La suite l’est moins pour cet étudiant d’anglais de la fac de Nantes qui se voit proposer un poste de lecteur à l’université de Cardiff. Là-bas, il devient l’ami de Colin Evans, spécialiste en littérature française et passionné de Brassens. Alors que, pendant l’été, Loïc revient dans sa Bretagne natale, il reçoit un jour une lettre de Colin qui a réussi à rencontrer Brassens à Paris pour une interview. Et il faut croire que le courant est passé entre les deux hommes puisque le chanteur qui, comme on sait, n’est pas du genre globe-trotter, a accepté l’invitation de venir à Cardiff à la rentrée. C’est ainsi que le 3 octobre 1970, Loïc, 22 ans, rencontre dans le hall d’un hôtel son idole. « Il était là, stature et épaules imposantes, de grands yeux noirs me regardant sans ciller d’un poil, foudroyant de gentillesse et d’égards pour le jeune et timide fan…,tout en lui serrant la main d’une franche poigne ».

Brassens et Loïc Robinot, Cardiff 1970
Brassens et Loïc Robinot, Cardiff 1970

Pendant les quelques jours que Brassens passe à Cardiff avec sa compagne Püppchen, Loïc est sur un nuage. La chanson leur donne un sujet inépuisable de discussion. Loïc prépare un mémoire sur les « folksongs anglaises ». Le sujet intéresse l’auteur de « La route aux quatre chansons ». Il promet à Loïc de lui envoyer l’étude de Cantaloube sur le folklore français. « A un jeune con comme moi, qu’il connaît à peine… il va envoyer un livre ? », se dit, perplexe, ce dernier. La suite lui prouvera que oui. Il y a eu d’autres rencontres plus tard en France, des lettres, des occasions perdues. Tout est relaté dans ce livre. Brassens a toujours reçu Loïc avec amitié et bienveillance. Il s’est intéressé à ses compositions, lui a donné des conseils, quelques coups de pouce. Mais la route des chansons ne mène pas toujours où on voudrait. Celle de Loïc a bifurqué vers l’enseignement de l’anglais pour le conduire, bien des années après la mort de Brassens, à Perpignan.

Il y a quelques jours, la jolie petite église peinturlurée de Bages, dans les Pyrénées-Orientales, était pleine « comme un œuf » pour le récital a capella de cinq hommes qui se sont spécialisés dans les chansons folkloriques françaises. Parmi eux, un enfant du village, Didier Verdeille, magnifique ténor. Ils ont interprété avec une technique parfaite au service de voix très expressives, des chants traditionnels du légendaire chrétien, faisant chavirer le public sous des vagues d’émotion et d’éclats de rire. Le quintette s’est fait une belle réputation en ressuscitant avec brio un genre qui, longtemps après les Frères Jacques et les Quatre Barbus, retrouve enfin de grands interprètes. Il puise une large part de son répertoire dans l’ouvrage de Joseph Canteloube, cette anthologie en quatre volumes que Brassens avait offerte à Loïc. L’idée qui m’est venue en voyant la photo de ce dernier n’a rien d’étonnant, au fond. Têtes de chien, c’est le nom que se sont choisi les cinq chanteurs qui ont fait vibrer l’église de Bages. Le hasard est le sel de la vie.

Bernard Revel

Les têtes de chien
Les têtes de chien

« Sur ma route, un certain… Georges Brassens », livre autoédité, 112 pages. On peut le commander à Loïc Robinot 10 rue J. Martorell 66000 Perpignan.

Loïc Robinot a publié chez Cap Béar, Perpignan, deux livres de photographies : « Collioure en habit de lumière » et « Horizons Canigou ».

« Portraits d’homme » cd des Têtes de chien publié sous le label Frémeaux et Associés.

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joelle carbon 09/12/2016 06:00

ça y est Loïc , je vous ai retrouvée...vous m'avez chanté Djamila à la médiathèque de Sète après votre prestation de Brassens en anglais. J'ai essayé de vous contacter, mais il devait avoir une erreur dans votre adresse mail...je voudrais un disque de Brassens en Anglais pour Noël...le Père Noël attend ma lettre et mes fils aussi!!! Merci de me répondre, j'espère que vous allez bien. Joëlle Carbon