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Publié par Sylvie Coral

Quand les livres s’en mêlent…

« La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald

(Traduit du suédois par Carine Bruy - Editions DENOEL mars 2015 – 482 pages)

Sans doute avez-vous lu « 84 Charing Cross Road » (1970) ou bien vu son adaptation cinématographique qui réunit à l’écran, si l’on peut dire, Anne Bancroft et Anthony Hopkins (1987) ? C’est l’histoire de la longue relation épistolaire, débutée en 1949, entre une Américaine lettrée, Helen Hanff, et un libraire du centre de Londres, Franck Doel. Leur échange s’interrompt en 1968 lorsque l’épouse du libraire annonce, dans une dernière lettre pleine de bienveillance, la mort de son époux. Helen et Franck ne se seront jamais vus, mais auront partagé une étrange vie commune cimentée par leur amour des livres.

Quand les livres s’en mêlent…

Ici encore, la passion pour la littérature réunit, d’une étrange manière, deux âmes qui apprendront beaucoup l’une de l’autre et l’une sur l’autre, sans jamais se rencontrer.

Sara Lindqvist est une jeune Suédoise de vingt-huit ans, introvertie et peu sûre d’elle, ni jolie ni vilaine. Elle travaille dans une librairie de Haninge. Les seules aventures de son morne quotidien sont celles des personnages des romans qu’elle dévore goulûment. Sara vit par procuration.

Elle entretient pourtant une relation épistolaire avec Amy Harris, soixante-cinq ans, vivant à Broken Wheel, un patelin perdu au nom qui le confirme (Roue Cassée), embourbé au fin fond de l’Iowa. Par courrier électronique, les deux femmes se parlent de tout et de rien, de la vie, des livres et puis aussi des livres et de la vie, ce qui au fond est intimement lié.

Un jour, Amy invite Sara à passer quelques semaines chez elle. La jeune femme, que rien ne retient en Suède, traverse alors l’Atlantique avec en poche un visa tourisme de trois mois, pour découvrir en arrivant qu’Amy vient de mourir. Les habitants de Broken Wheel, dont certains sont des intimes d’Amy, lui proposent généreusement de s’installer chez elle, dans la maison vide, puis lui offrent une aide au quotidien. Désorientée mais rassurée par les innombrables livres que contient cette maison, Sara finit par concevoir un projet à partir duquel ces gens et elle-même vont s’apprivoiser mutuellement : créer une librairie avec les livres d’Amy. Dans une petite ville où rien ne se passe jamais, l’initiative va avoir des effets insoupçonnés… tant les livres sont puissants :

« Non que [les livres] apaisent en quoi que ce soit la douleur inhérente à la guerre, lors de la perte d’un être cher, ni qu’ils contribuent à la paix dans le monde, mais Sara ne pouvait s’empêcher de penser qu’en temps de guerre comme de paix, l’ennui était l’un des plus grands fléaux et qu’il conduisait progressivement à un épuisement insupportable. Rien de franchement spectaculaire, juste un lent travail de sape de notre envie de vivre et de notre énergie. Dans ces moments-là, quoi de mieux qu’un livre ? »

Les critiques littéraires, professionnels ou aspirants, éprouvent toujours le besoin irrépressible et arbitraire de classifier les livres. Amy, dans une de ses lettres à Sara, analyse d’ailleurs cela comme « une forme déguisée d’humiliation », selon que tel ou tel auteur va appartenir à un genre plutôt qu’un autre. Dans ce cas, doit-on ranger « La Bibliothèque des Cœurs Cabossés » dans la liste de ces romans dits « feel-good » rencontrant ces temps-ci, et il est aisé de comprendre pourquoi, un réel succès ? Ce qui importe, c’est que Katarina Bivald vient d’écrire un premier roman à la fois consistant, loufoque, tendre et profond, qui s’adresse à tous les amoureux des livres sans exception et aussi aux autres qui vont forcément le devenir.

A l’heure où le Jury des Vendanges Littéraires met la bibliothérapie à l’honneur, ce roman réjouissant tombe à pic pour illustrer le propos.

Sylvie Coral

Katarina Bivald (32 ans) a longtemps travaillé à mi-temps dans une librairie. "La Bibliothèque des cœurs cabossés" est son premier roman. Elle vit près de Stockholm.

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