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Publié par Carole Vignaud

Philippe Georget (à droite) aux Vendanges littéraires en compagnie d'un autre auteur de polar : Christian Di Scipio
Philippe Georget (à droite) aux Vendanges littéraires en compagnie d'un autre auteur de polar : Christian Di Scipio

Méfaits d'hiver par Philippe Georget

Editions Jigal. 19,50 €. Philippe Georget a obtenu le prix Coup de foudre 2011 des Vendanges Littéraires pour son roman Le Paradoxe du Cerf-volant.

Gilles Sebag, l'inspecteur perpignanais créé par Philippe Georget il y a maintenant 4 ans, revient et il n'est pas au mieux de sa forme. Pour notre plus grand plaisir.

Morte saison pour Gilles Sebag

A Perpignan, alors que souffle la Tramontane, le commissariat ronronne. Une femme a été abattue dans un hôtel miteux du centre ville après un rendez-vous coquin. Rien de bien mystérieux : le mari est clairement coupable. Un homme se jette de son balcon sous les yeux de sa compagne. Tragique mais toujours aucun mystère. Un jaloux incendiaire s'enferme avec son épouse pour programmer un grand « boum ». L'enquête est bouclée aussi vite que le quartier.

Gilles Sebag, l'inspecteur vedette, est en roue libre dans ce polar où, en apparence, tout est clair. Sauf le comportement du héros récurrent. Depuis L'été tous les chats s'ennuient et Les violents de l'automne où Gilles Sebag bluffait sa hiérarchie et ses collègues par son indéniable sens de l'analyse, tous comptent sur lui. Mais aujourd'hui ses coéquipiers s'inquiètent, d'autres en profitent pour prendre la main. Gilles planque des bouteilles dans son bureau et enquête plus que mollement dans un semi-coma. La seule preuve qu'il aurait voulu ne jamais trouver est sous son nez : sa Claire le trompe. Et ça ne date pas d'hier.

Comme à son habitude, Philippe Georget transforme un simple polar en une subtile analyse des rapports humains. Avec brio, maîtrisant parfaitement les dialogues et la construction, il plonge Sebag dans une profonde dépression. L'enquêteur subtil ne voit plus rien que son malheur personnel et n'enquête vraiment que sur sa propre déconfiture. Seul le lecteur semble en mesure de faire le lien entre toutes ses affaires : l'adultère. Ce péché, aujourd'hui considéré comme véniel mais qui frappe au cœur avec violence, est justement au cœur de toutes les affaires qui arrivent sur le bureau de Gilles. Lui n'y voit (entre deux lampées de whisky) qu'une torture supplémentaire. Heureusement, sa jeune collègue lesbienne et un enquêteur ambitieux vont commencer à voir une certaine cohérence dans cette série d’événements.

Dans ces Méfaits d'hiver, Georget poursuit son portrait d'un homme en crise loin des poncifs du genre. Sans jamais porter de jugement, il nous propose aussi une galerie de personnages troublants de réalité où même les femmes trop aimantes sont émouvantes et vraies. Sans oublier son cocu vengeur que la justice des hommes va avoir bien du mal à atteindre. On pourrait y lire au premier degré une condamnation « réac » de l'infidélité mais Georget est toujours plus fin. Et le printemps reste à venir.

Carole Vignaud

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