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Publié par Henri Lhéritier

Yan Gauchard, prix Coup de foudre 2016

Le roman venait tout juste de paraître en janvier. Henri Lhéritier est tombé dessus en venant acheter « Envoyée spéciale », le dernier Echenoz. L’inconnu était publié aussi aux éditions de Minuit. « Il s’appelle Yan Gauchard. C’est un bon », nous a dit Henri qui a signé dans la foulée un texte enthousiaste pour le blog (lire ci-dessous). Voilà comment nous avons découvert « Le cas Annunziato ». Encore une fois, Henri Lhéritier avait eu du nez. Un joli cadeau qu’il nous a fait avant de partir pour des vendanges éternelles.

Yan Gauchard, c’est notre Coup de foudre. Il succède à Marguerite Abouet, Philippe Georget, Cécile Coulon, Emmanuelle Bayamack-Tam, Frédéric Martin et Mathias Rambaud.

Journaliste à Presse-Océan, ce Nantais de 44 ans a séduit, avec ce premier roman, la directrice des éditions de Minuit. « Je ne connaissais personne dans le monde de l’édition, raconte-t-il. J’avais envoyé mon texte à plusieurs maisons, dont « Minuit » qui avait ma préférence. Quand j’ai reçu un message d’Irène Lindon, j’ai cru un instant à une blague cruelle avant de réaliser que j’avais cette chance hallucinante ».

Yan Gauchard sera aux Vendanges littéraires de Rivesaltes les 1 et 2 octobre prochains.

Avec Fra Angelico, ça va un moment

Par Henri Lhéritier

Cela débute par un enfermement. Qui n’a pas rêvé d’être enfermé quelques jours durant dans un lieu rempli de ses désirs, de ses goûts ou de ses vices ? Une bibliothèque municipale, une église, un garage Bmw, une pâtisserie, voire pour certains une cave à vins et même une boutique de dessous chics, pour d’autres, il vaut mieux ne pas savoir. On a les geôles que l’on mérite.

Yan Gauchard, prix Coup de foudre 2016

Pour Fabrizio Annunziato, c’est un musée, à Florence s’il vous plait, le musée national San Marco où on trouve les fresques et les plus belles œuvres de Fra Angelico décorant les grandes salles communes, réfectoires, cloître, salle capitulaire, et les cellules des moines, il n’a pas à se plaindre le Fabrizio, supposons un instant qu’on l’ait enfermé dans le musée du maréchal Joffre à Rivesaltes, alors là oui, c’était la tuile.
Il se fait boucler dans une cellule, par inadvertance, presque une plaisanterie, avant l’heure de fermeture, il aurait préféré la cellule où figure une lumineuse annonciation de Fra Angelico, mais non c’est une crucifixion qui « présente le Christ sur sa croix, et rassemble au pied de celle-ci un bénédictin bedonnant et non loin, plus près du crucifix, Madeleine en pleurs, tous deux sans souliers ».
Bon, ça ira quand même ! Après tout, une nuit en solitaire dans un musée, à Florence, il n’y a pas de quoi s’alarmer, combien paieraient pour ça, d’autant qu’il a un travail de traduction en retard qui le rase, un gros pavé assommant qu’il doit traduire du français à l’italien où il ne trouvera pas plus d’intérêt, à son avis. Mais c’est son travail. Alors il s’y met, il traduit, au fond c’est une chance, il s’ennuie tellement sur ce texte. Autant profiter de cet enfermement. Après tout !

Le lendemain, grève générale, incidents en ville, un de ces gros pataquès que l’on croyait être les seuls à connaître en France, erreur, d’autres pays y trouvent aussi du plaisir, manifestations, casseurs, arrestations, musée fermé et, comme rien n’est plus insonorisé qu’un musée, Fabrizio finit par passer plusieurs jours dans sa cellule, tel un moine au fond, mais lui n’était pas candidat. D’aussi belles œuvres d’art, pour un Italien, au bout d’un moment, ne valent pas une tranche de pâté. Pour pas mal d’autres nationalités, même doubles, non plus ! Le pâté est un art supérieurement comestible.

Yan Gauchard, prix Coup de foudre 2016

C’est le départ d’un livre passionnant, drôle, plein d’invention, cent vingt cinq pages aux Editions de Minuit, c’est un menu minceur, c’est le seul regret que l’on éprouve, cela se lit avec un tel plaisir, sans rupture, toujours en rythme, que l’on s’aperçoit, tout déconfit, que l’on vient hélas de le finir.
On ne craint pas de sourire presque à toutes les pages et, dans les musées, comme en littérature, il y a des sourires qui élèvent.
À recommander fortement, même aux claustrophobes.


La cas Annunziato" de Yan Gauchard. Editions de minuit. 128 pages. 12,50 euros.

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CL 15/01/2016 16:38

Et Savanarole, il en parle dans son livre, Yan Gauchard ?
Sa cellule, elle est juste au-dessus !
Visitée par son fantôme, ça j’aimerai pas trop !
Sa tête ne me revient pas...

henri 15/01/2016 18:23

Non, il ne parle pas de Savonarole qui habita en effet dans ce couvent.
Le héros se trouve enfermé dans la cellule de Fra Angélico, c'est plus calme.
Ce qui lui permet d'ailleurs une vue sur la voisine d'en face, mais là on entre dans l'histoire.