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Publié par Michel Gorsse

René Depeste a reçu récemment chez lui à Lézignan l'Académicien Dany Laferrière, originaire de Haïti lui aussi. Hubert Beauchamp assistait à la rencontre.
René Depeste a reçu récemment chez lui à Lézignan l'Académicien Dany Laferrière, originaire de Haïti lui aussi. Hubert Beauchamp assistait à la rencontre.

Popa Singer de René Depestre

(Editions Zulma, février 2016, 153 pages)

Nous le savions que les tontons macoutes ne faisaient pas dans la lingerie fine mais nous ne l’imaginions pas ainsi. Avec Popa Singer, Depestre nous dépeint un monde, un pays, où la folie furieuse s’envoie en l’air pour un oui pour un non et à tous les coins de rues. Nous sommes en 1958 et Doc Duvalier règne en Ubu flingueur, sorte de tarasque ridiculement monstrueuse, d’immonde avatar vaudou pratiquant la zombification à l’échelle d’un peuple.

Un mot de travers, une pensée non orthodoxe et vous voilà aussitôt percé comme tamis au fusil mitrailleur, étêté à la machette, émasculé à la tenaille de forgeron. Ça ne traîne pas et être dans l’opposition n’est pas une sinécure parlementaire mais une épouvante quotidienne.

C’est toute l’histoire de ce livre. Autour de la mère (Popa Singer), initiée au vaudou, toute une famille essaye à sa façon de résister à la dictature et ses brigades de la mort. Depestre traite cela comme une farce macabre avec une verve généreuse et colorée mâtinée de surréalisme qui n’appartient qu’à lui.

La fiction ici s’approche au plus prêt de l’Histoire d’Haïti. Un exotisme glaçant.

Michel Gorsse

Farce macabre chez les tontons macoutes

De Jacmel à Lézignan-Corbières

René Depestre est né à Jacmel sur la côte sud d’Haïti le 29 août 1926.

Étudiant, il participe au mouvement révolutionnaire de 1946 qui aboutit au renversement du gouvernement d’Élie Lescot mais la prise du pouvoir par les militaires le contraint à partir en exil en France. Il poursuit des études de lettres et de sciences politiques à la Sorbonne. À Paris, il fréquente les poètes surréalistes français et des artistes étrangers, ainsi que certains intellectuels du mouvement de la négritude. Très lié aux mouvements révolutionnaires de la décolonisation, René Depestre voyage dans le monde entier: Union soviétique, Chine, Brésil, Argentine, Chili et surtout Cuba, en 1959, à l'invitation de Che Guevara. Écarté par le pouvoir castriste dès 1971, Depestre rompt avec l'expérience cubaine en 1978 et retourne à Paris où il travaille au Secrétariat de l'Unesco jusqu'en 1986.

(Eléments biographiques puisés en partie dans la documentation de l’Ecole normale supérieure).

Avec le poète lézignanais Paul Pugnaud (à gauche)
Avec le poète lézignanais Paul Pugnaud (à gauche)

Depuis 27 ans l’écrivain caribéen vit à Lézignan-Corbière, dans sa « Villa Hadriana » qu’il s’est offert grâce aux royalties de son roman Hadriana dans tous mes rêves, couronné en 1988 par le prix Renaudot.

Il a publié notamment : Le Mât de Cocagne, roman, Gallimard, 1979; Folio, 1998 ; Bonjour et adieu à la négritude, essai, Laffont, 1980; 1989 ; Alléluia pour une femme-jardin, récits, Gallimard, 1981; Folio, 1986, 1990 ; Éros dans un train chinois, nouvelles, Gallimard, 1990; Folio, 1993. En avril 2007, il est le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie pour son livre La rage de vivre édité aux éditions Seghers.

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CL 13/03/2016 14:37

Et c’est poétique, drôle et extravagant !
Ca extravague dans tous les sens… (avec des expressions comme « bander comme un cerf polonais dans un zoo de Philadelphie » : on se demande où il va trouver ça !).
Et pas dans la dentelle, c’est vrai...
Une sorte d'OLNI, survolant les Caraïbes en un temps, on espère, à présent révolu.