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Publié par Carole Vignaud

Et ils sodomisèrent la statue de Maillol

"Le Défilé du Condottiere" d'Henri Lhéritier

(Editions du Trabucaire, 2009)

Samedi 21 mai à partir de 16 h30 à Perpignan : hommage littéraire et festif à Henri Lhéritier.

Défilé du condottiere dans les rues de la ville, des allées Maillol (sous la statue) à la cathédrale en passant par la Loge, de stations de lectures en reposoirs de dégustation, jusqu' à la librairie Torcatis qui est, dans le roman, l'épicentre d’une catastrophe lhéritière.

Voici ce qu’écrivait Carole Vignaud, membre du jury des Vendanges littéraires, à la sortie du roman.

Et ils sodomisèrent la statue de Maillol

Ayant pris la mauvaise habitude de trouver mon plaisir avec des auteurs étrangers tels le Sud-africain britannique Tom Sharpe, l’Américian Mark Twain, l’espagnol Eduardo Mendoza, l’Italien Umberto Ecco, j’étais fort peu encline à me laisser séduire par un Rivesaltais. D'autant plus que le bonhomme fait maintenant parti de mon cercle de connaissance grâce aux Vendanges littéraires et que la vie m'a appris que les prétendus auteurs que j'ai pu fréquenter depuis plus de 30 ans étaient souvent de bons amis mais de piètres écrivains...

Divine surprise ! Henri Lhéritier, déjà auteur de « L’Agly », « De singuliers bourgeois » et « Autoportrait sauvé par le vent » (trois ouvrages que je n'ai pas lus, honte à moi), est celui qui vient briser le cercle maudit. L’homme a du génie : celui de vous emporter dans une histoire plus qu’improbable, de lui donner un rythme passant de l’allegro au pianissimo sans jamais perdre la mesure et de bousculer les convenances avec maestria.

Le premier chapitre du "Défilé du Condottiere" est un petit bijou d’absurdité bien conduite. Une perle rare qui plonge immédiatement le lecteur dans un univers de folie douce. Le narrateur s’adresse directement à son lecteur et lui présente un personnage par ses initiales. Sans métier défini, sans famille clairement décrite, sans réel ami (si l'on fait l'impasse sur un irascible vigneron à qui il envisage de demander de l’aide avant de passer à autre chose), le « héros » est un anti-détective qui va pourtant tenter de faire la lumière sur la personnalité de son voisin mort.

Ses raisons sont assez vagues et peu nous importe. Car, si le "Défilé du Condottiere" peut se lire comme un roman d’enquête (il y a un cadavre dans un placard), Lhéritier se moque bien de savoir le pourquoi du comment (et nous avec). D'ailleurs la quête du héros se perd dès les premières pages dans une sieste érotico-télévisuelle. La simple vision d’une candidate faussement oie blanche l’entraîne dans des rêveries importunes (pour l’enquête) mais foutrement jouissives pour le lecteur.

Quittant la quéquette pour la quête, le héros sort de chez lui. Et là... débute une série de rencontres toutes plus délirantes les unes que les autres. C’est ainsi qu’au final, il y aura une véritable troupe de «détectives » composée d’un retraité de la marine française, d’une jeune fille de maison trop jolie pour être malhonnête, d’une danseuse, d’un artiste spécialiste du happening et d’un condottiere, maître étalon de la folie des autres. En chemin, ils vont participer à une émeute, mettre à sac avec bonheur une librairie, sodomiser la statue de Maillol qui « montre ses fesses au marchand de stylos » sur la place de la Loge et même croiser leur auteur... et l’abandonner à son triste sort sur un bord de trottoir perpignanais. Un défilé de scènes dantesques qui pourtant participent d’une logique interne parfaitement rodée. On adhère avec plaisir à cette escalade dans l’absurde maîtrisé. Avant le bouquet final et le bombardement du palais des rois de Majorque.

S’il faut mettre un bémol à mon enthousiasme (il paraît que cela fait sérieux), je reprocherais à Henri Lhéritier ses portraits de flics trop caricaturaux. Et c’est tout. Je sais c’est un peu court. Mais bon...

Carole Vignaud

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