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Publié par Bernard Revel

La poésie Reverdy

« Je suis venu au monde le 11 septembre 1889, à midi, non loin de la gare et du collège » (1). Pierre Reverdy, même s’il est parti très tôt sous d’autres cieux, n’a jamais oublié ses fortes attaches avec sa ville natale, si l’on en croit les mots qu’il écrivit à un ami : « Origine purement, exclusivement narbonnaise. Mes arrière-grands-parents, tailleurs de pierre – d’églises, naturellement – Mon grand-père, sculpteur. La grenouille du bénitier de Narbonne est de mon grand-père. »

Abandonnant une carrière commerciale, son père se lance dans la culture de la vigne qui connaît alors un véritable âge d’or. Il achète une ferme, la Borio de Blanc, à Moussoulens. Pierre fait ses études au petit lycée de Toulouse puis au collège de Narbonne. « L’école, un bagne jusqu’au dernier jour, écrira-t-il. Etudes plus que médiocres et pénibles, sauf pour le français, tellement facile ».

Après quelques années de prospérité – « Les seuls moments de vrai bonheur sans mélange que j’ai eus dans ma vie, je crois bien » - la famille est ruinée, comme des milliers de vignerons, par la crise qui frappe le Midi viticole au début du siècle. Pierre Reverdy n’oubliera jamais cette terrible époque : « L’atmosphère était sinistre, une misère effroyable accablait le pays, racontera-t-il. On jetait le vin dans les ruisseaux ». Les grandes manifestations de 1907, les journées sanglantes de Narbonne, le marqueront durablement : « Anarchiste comme on se devait de l’être à vingt ans à cette époque là, ce n’était pas cette tournure de choses qui pouvait m’incliner à la tendresse pour les soutiens de l’ordre et de la société. Antimilitariste à tous crins, bien entendu ».

Exempté du service militaire en 1909, Pierre Reverdy quitte définitivement Narbonne début octobre 1910. Sans regrets : « Je n’attendais que ça pour filer loin de cette atmosphère de petite ville irrespirable ». Il y refait une brève apparition un an après pourtant, rappelé par le décès subit de son père. « Depuis ce jour, écrira-t-il à son ami Jean Rousselot, l’idée de la mort est rentrée dans mon âme comme un ver ».

Ses débuts dans la capitale sont bien loin de ses rêves : « Le Paris de mon imagination s’effondrait dans la grisaille et la crasse d’un décor de catastrophe. Je passai la première nuit sans dormir dans un petit hôtel de la place Ravignan. Juste en face du Bateau-Lavoir que j’habiterai quelques mois plus tard ».

Sa passion pour la peinture et pour la poésie le conduit très vite sur la route de Max Jacob, Juan Gris, Picasso. Le cercle s’agrandira avec Matisse, Derain, Léger, Modigliani et Apollinaire.

Il est correcteur d’imprimerie quand éclate la Première guerre mondiale. Il s’engage mais, réformé au bout de quelques mois, retrouve à Paris « les éclopés de mon genre et les glorieux blessés ».

La poésie Reverdy
La poésie Reverdy
La poésie Reverdy

En 1915, il écrit ses premiers poèmes réunis sous le titre « Le Cadran quadrillé », recueil qui ne sera pas publié. Quelques mois plus tard, il fait paraître « Poèmes en prose » puis, l’année suivante, « La Lucarne ovale ». Il ne cessera plus d’écrire. Il fonde la revue Nord-Sud, proche du surréalisme, où le rejoindront de jeunes poètes comme Breton, Aragon, Soupault et Tzara, signe des articles sur le cubisme et la littérature, publie un roman, « Le Voleur de Talan ».

Viendront, au fil des ans, des poèmes et des recueils qui marquent l’époque : « La Guitare endormie », « Etoiles peintes », « Ecumes de la mer ».

En 1925, il rompt avec les surréalistes en collaborant au « Roseau d’Or », collection fondée par Jacques Maritain, dans laquelle il voisine avec Paul Claudel. L’année suivante, Pierre Reverdy « choisit librement Dieu » et se retire dans une maison isolée à Solesmes, dans la Sarthe, près de la célèbre abbaye bénédictine. « Besoin d’absolu, écrit-il. Je quitte Paris pour Solesmes : être ou néant ». Il ne s’absentera plus de sa retraite que pour quelques rares voyages.

Il brûle des manuscrits de la période parisienne et écrit ses œuvres majeures : « Flaque de verre » (1929), « Pierres blanches » (1930), « Ferraille » (1937). Le poète s’abstiendra de publier pendant toute la durée de l’occupation allemande. « Comment ! Les Allemands sont là et vous pouvez écrire ? » reproche-t-il à Georges Hermant.

Il publie en 1945 « Plupart du temps » rassemblant les poèmes écrits entre 1915 et 1922. En 1948, parait « Le Livre de mon bord », recueil de notes et d’aphorismes de 1930 à 1936. En 1949, il reprend, sous le titre « Main d’oeuvre », des poèmes parus dans ses recueils de 1913 à 1949. Dans « En vrac » publié en 1956, il définit la vie « comme un sable mouvant entre deux tranches de néant ».

« Eternel solitaire », il meurt à Solesmes le 17 juin 1960, quelques jours après la parution d’un dernier livre : « Liberté des mers ». Cinquante-six ans ont passé. L’œuvre de Pierre Reverdy continue de brûler au cœur de l’intime, attisée par le souffle de l’émotion, parfaite illustration de ses propres paroles : « La Poésie est à la vie ce que le feu est au bois ».

Bernard Revel

(1) Une plaque a été apposée, pour son centenaire en 1989, sur sa maison natale, 3 boulevard du Collège ; une autre sur la maison familiale où il passa son enfance, place de l’Ancienne mairie, aujourd’hui place des Quatre fontaines.

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