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Publié par Chantal Lévêque

Lettre à H. L. à propos d’un quatuor éternel

« Le quatuor d’Alexandrie » de Lawrence Durrell

Ensemble de quatre romans (« Justine », « Balthazar », « Mountolive » et « Cléa ») publiés de 1957 à 1960.

Cher H,
Me revoilà, après un superbe voyage au cœur d'Alexandrie.
A tourner autour d'une sculpture de papier...
Ce fut un plaisir sans nom, rien à voir avec toute cette littérature contemporaine qui me semble à présent tellement fade.
Pursewarden, c'est le nec plus ultra en matière de personnage désopilant, torturé, d'un cynisme et d'une lucidité qui n'a d'égal que son humour et son flegme. Un personnage fabuleux (à prendre en son sens premier)... et si Lawrence Durrell y a mis beaucoup de lui-même, alors on ne peut que regretter de ne pas l'avoir rencontré un jour. Il a vécu 30 ans à Sommières, dans une belle maison de maître, de l'autre côté du fleuve…

La maison de Lawrence Durrell à Sommières.
La maison de Lawrence Durrell à Sommières.

Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, même s'il n'y a aucune linéarité dans le récit... Je l'avais déjà lu, ce quatuor, mais quand ? Il y a fort longtemps… et j’ai eu envie d’y revenir. Plaisir d’une relecture qui ouvre encore à d’autres découvertes. Certains passages me sont revenus à la mémoire (la description d'une fête religieuse dans le désert, par exemple : ces images s'étaient littéralement imprimées dans mon esprit !).
Même au plus fort de ces tortueuses intrigues d'ambassades (rien n'a certainement changé depuis !) je n'ai pas perdu le fil... Il y a des passages d'une drôlerie, d'un pittoresque, d'un humour ravageur...
Quel observateur, cet écrivain !!! Y en a-t-il encore de cette veine ?
C'est d'une finesse, d'une justesse et d'une intelligence incroyable...
Mais j'en reviens à la construction (parce que pour le style, ce n'est même pas la peine d'en parler... éblouissant de clarté, de fluidité...)
J'ai vraiment eu l'impression de déballer une offrande, indéfiniment, mais sans jamais pouvoir toucher au réel, sans pouvoir arriver à l'essence même de l'objet... parce que chaque tome ouvre une autre perspective sur les personnages...
Toute connaissance est relative, semble nous dire cet homme... jamais on ne peut dire de quelqu'un qu'on en a fait le tour ! Le temps, l'espace s'en mêlent... mais surtout sa propre sensibilité, ce que l'on est soi-même, et ce que l'on renvoie à l'autre, dans le miroir...
Dans ce roman, ce pavé de 1000 pages, tout se tient par l'éclairage prismatique de celui qui écrit et on en vient à penser, la dernière page tournée, qu'on a beau parler la même langue, chaque histoire peut être racontée différemment. Tout dépend de quel côté on se place. Qui on est. Et à qui on s'adresse (mais l'auteur ne s'adresse-t-il pas à lui-même, d'abord ?)
Superbe démonstration qu'il nous donne, cet écrivain.
Une amie ne vient-elle pas de me dire, au sujet d'un livre que nous avons lu de concert, et au vu de ce que j'en avais écrit : "Nous n'avons pas lu le même livre !"

Lettre à H. L. à propos d’un quatuor éternel

Alors, voyons...
Ce que tu en diras, toi... De ce quatuor...
Si d'aventure, tu t'y replonges.
Merci, tout simplement, de m'avoir prêté cette superbe mosaïque égéenne qui m’a fait passer un si bel été.
Je te les rendrai bientôt...
Avec ma plus vive amitié.

Chantal Lévêque

PS. A la suite de cette lecture, je me suis procuré « Dans l’ombre du soleil grec », des textes choisis, peintures et dessins par C. Alexandre-Garner. Pour parfaire ce quatuor, c’est l’idéal !

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