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Publié par Michel Gorsse

« Briser la glace », récit de Julien Blanc-Gras

Editions Paulsen, septembre 2016, 192 pages, 19,50 euros.

Un livre qui parle du Groenland est chose rare. Depuis Les derniers rois de Thulé de Jean Malaurie, je n’en avais rencontré aucun sur mon chemin de lecture.

Celui-ci, l’auteur, Julien Blanc-Gras, qui n’a pas la prétention de jouer dans la cour des ethnologues ou des aventuriers de l’extrême, le présente comme une carte postale qui aurait débordé du cadre, carte postale au recto de laquelle on voit un ours polaire dressé sur ses postérieurs nous faire un signe de sa patte griffue, peut-être pour nous saluer ou plus probablement pour nous dire « adieu ».

Il est un peu là, en ce septentrion, par hasard, l’auteur. Il débarque hagard sur la banquise, presque en « touriste* ». C’est que son éditeur, avec certainement une petite idée derrière la tête, lui a proposé ce périple, cette « résidence artistique itinérante », au pays des Inuits, sur les traces de Paul-Emile Victor.

Il embarque sur un voilier de 15 m profilé pour naviguer en ces mers polaires en compagnie de deux marins bretons et d’un peintre lui aussi invité et lui aussi breton. Et c’est en cet équipage que nous, lecteur, allons faire du cabotage en ces contrées où « les adeptes du tourisme climatique se pressent pour admirer la beauté d’un monde qui part en morceaux, avec le frisson qu’offre le spectacle des apocalypses en cours. »

Ainsi de criques en baies, de villages inconnus en ports isolés, nous allons, parmi les icebergs et les baleines, tracer un itinéraire en ce Groenland actuel ayant rompu les amarres avec ses traditions et son passé et que la modernité rend fantomatique.

Nous allons sillonner un monde tout de beauté et de perdition. Nous allons rencontrer des autochtones pêcheurs de phoques et accros à internet, des traîneaux qui rouillent et des chiens au chômage, des motos-neige et des écrans télé, quelques amoureux fous de ces régions de solitude.

Avec beaucoup d’humour et de tendresse l’auteur nous raconte ce qu’il vit et ce qu’il voit, sans fanfaronnade, sans pathos et sans alarmisme. Il dresse une esquisse de ce pays du soleil de minuit à la fois grave et lumineuse. C’est un livre aérien, bien que nous soyons sur la mer, qui nous amène à découvrir « cette nation qui balbutie au nord du monde».

« Où va-t-il ce Groenland ? Il ne le sait pas vraiment lui-même. Durant ces quelques semaines, j’ai rencontré un presque-pays flottant entre deux époques. Ici vit un peuple ancien, au présent confus, qui tente de s’inventer un futur. Le Groenland patiente au carrefour de son histoire, rêvant d’une indépendance qui serait difficile à assumer. Il se débat avec ses interrogations identitaires, brandissant sa culture inuit tout en abandonnant ce qui la constitue.»

Mais n’en sommes-nous pas tous au même point ?

Michel Gorsse

 

* Précédent titre du même auteur.

Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Écrivain et journaliste, il est l’auteur de six romans, d’un essai et d’une BD. En 2006, il est lauréat du Prix du Premier Roman de Chambéry pour Gringoland.
Ont ensuite paru Comment devenir un dieu vivant,‎ 2008 ; Touriste,‎ 2011 ; Paradis (avant liquidation),‎ 2013 ; In utero,‎ 2015 (tous aux éditions Au diable vauvert).
Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l’adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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