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Publié par Bernard Revel

Photo illustrant la couverture du livre. Au premier plan, Antoinette Claux

Photo illustrant la couverture du livre. Au premier plan, Antoinette Claux

« Antoinette », récit de Simone Salgas suivi de l’hommage de ses ami(e)s.

Editions 19, Narbonne. 80 pages.

Il y a des romans d’amour. Il y a aussi, plus rares, des livres d’amitié. « Antoinette » en est un. Ce prénom ne désigne pas une héroïne de fiction mais une femme qui a vécu à Perpignan où elle est morte en mars 2014, à l’âge de 92 ans. Son nom, Antoinette Claux, rappellera des souvenirs à beaucoup d’entre nous. C’était un personnage, Antoinette, hors du commun bien sûr. Professeur, militante anticolonialiste, elle participa à la création de la fédération roussillonnaise du PSU de Michel Rocard.

Par son exemple, son caractère, son attention aux autres, elle a tellement marqué la vie des jeunes femmes et hommes qui l’entouraient qu’ils ont voulu en porter témoignage afin que son nom ne tombe pas dans l’oubli. Dans la seconde partie de ce livre, né d’une idée de Georgette Ximenes et Josette Salgas, chacun raconte son Antoinette. La démarche aurait été sympathique, sans plus, si elle s’était limitée à cela. Mais l’ouvrage prend une réelle valeur littéraire avec le récit que donne la romancière Simone Salgas dans les quarante premières pages.

Avec sa façon bien à elle de procéder par touches délicates, petites phrases et détails entrouvrant les voiles qui cachent l’être profond, celle qui, du « Goupil » à « L’Hortensia », a su nous toucher au plus intime, rend plus compréhensible l’indéfinissable fascination qu’exerçait Antoinette sur ce qui eurent la chance de la côtoyer. Femme très discrète sur sa vie privée, enseignant aux autres, à l’image de son père mort trop tôt, « l’amour des mots, la bonté, l’humanité », militante « révolutionnaire » allant à la messe le dimanche, elle était à sa façon, malgré sa petite taille, une « Grande Mademoiselle ». Mais pas façon Coco Chanel.

« Célibataire, elle est d’abord femme, féminine, féministe », note Simone Salgas, et tout ce qui est « possessif » comme la vie de couple, les vitrines qui appâtent, l’automobile, la rebutent. C’est une femme qui soigne son allure mais qui fuit le paraître. « Elle se veut couleur de murs ». Le pouvoir ne l’intéresse pas. Elle laisse s’exprimer les autres, note les mots qui vont dans tous les sens. Elle se dit « écouteuse ». Mais en fin de réunion, elle prend la parole et « en face d’elle, les pensées se mettent en ordre ». C’est pour cela, sa façon d’être, sa générosité, sa lucidité, qu’ils l’aiment tous et lui dédient ce livre, comme un grand remerciement.

Bernard Revel

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