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Publié par Bernard Revel

Rodin et Maillol face à faceRodin et Maillol face à face

« Rodin et Maillol, le sublime et le beau » de Michael Paraire.

Illustrations de Cécilia Paraire

Les éditions de l’Epervier, collection Face à Face. 87 pages, format 24x28 cm, 20 euros. Les éditions de l'Epervier publient depuis 2010 des textes libertaires et des auteurs classiques. Elles sont installées depuis peu à Perpignan.

L’un admirait l’autre, le respectait, pensait le plus grand bien de lui. Une génération – 21 ans – les séparait. Mais ils étaient sur un pied d’égalité. Pour Rodin, l’aîné, il n’y avait pas de doute : Maillol était l’autre génie de la sculpture. Un livre les réunit.

Michael Paraire, dans un texte limpide qui compare, en de courts chapitres, leurs œuvres, montre à quel point leurs styles s’opposent, leurs voies divergent, l’un, Rodin, tourné vers le sublime, l’autre, Maillol, vers le beau. L’un frappe, l’autre apaise. Mais ils ont un point commun. Tous deux, relève Michael Paraire, « ont rompu avec l’académisme » de leur époque. Chacun a suivi son propre génie sans se laisser détourner par les critiques, parfois l’indignation ou les scandales, que leurs sculptures suscitaient chez les gardiens du néoclassicisme.

Le chemin le plus simple pour comparer deux génies de cette envergure ? Mettre côte à côte leurs statues. Pour éclairer sa démonstration, l’auteur a fait appel à sa propre sœur, Cécilia Paraire, artiste peintre, professeur d’arts plastiques, qui eut pendant dix ans un atelier à Collioure. Reproduites avec un réalisme étonnant et un graphisme qui donne du relief aux dessins, les œuvres renforcent d’une manière éclatante les arguments d’un texte qui tend à prouver que Rodin est le continuateur de Michel-Ange et Maillol celui de Raphaël. La « calme beauté » des Trois Nymphes face aux « visages douloureux » des Bourgeois de Calais, la « très sensuelle » Pomone aux bras levés face à la grimace de l’Age d’airain, la Pensée (ou Méditerranée) « ronde, gracieuse, massive, simple » face au Penseur « dont les chairs musculeuses et ravinées révèlent une vive souffrance », dessinent, entre autres, le portrait de deux immenses artistes qui nous touchent aujourd’hui encore à travers leurs œuvres, immobiles et épanouies chez l’un, en mouvement et expressives chez l’autre. Calme et volupté d’un côté. Tempêtes sous des crânes de l’autre. « Nulle raison de choisir entre Maillol et Rodin, estime Michael Paraire, entre le paisible et le terrible, le beau et le sublime, la vie choisit pour nous ». Je dirai quant à moi, s’il me le permet, que je me sens plus proche du sculpteur de Banyuls dont les statues expriment l’humanité des âmes simples. L'’héroïsme qui glorifie la guerre chez Rodin, me touche beaucoup moins que les femmes éplorées de Maillol sur les monuments aux morts de Banyuls, Port-Vendres, Elne et Céret.

Le livre de Michel Paraire nous invite enfin à visiter les oeuvres de ces deux géants de la sculpture. C’est notre regard qui leur donne vie. Car la postérité peut être capricieuse. Si le centenaire de sa mort place Rodin sous les feux de l’actualité, ailleurs, des élus ne se gênent pas pour mettre hors-jeu le plus grand des sculpteurs catalans. N’est-il pas question, à Barcelone, de débaptiser la rue Maillol pour donner son nom à un footballeur ?

Bernard Revel

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