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Publié par Carole Vignaud

« Les Femmes de la Principal » de Lluis Llach

Editions Actes Sud, mai 2017, 320 pages, 22,80 €. Traduit du catalan par Serge Mestre.

Dans « Les yeux fardés » (1), son premier roman paru en 2015, Lluis Llach, l’icône de la chanson catalane, plongeait ses protagonistes dans la Barcelone ouvrière des Républicains. Une histoire crue d’initiation et de culpabilité. Pour son second opus, Lluis Llach explore l’autre versant de l’histoire catalane : celle des grands propriétaires de la campagne. Il déroule son récit sur trois périodes : la fin du XIXe siècle, les années 40 de la victoire franquiste et notre XXIe siècle. Avec trois personnages féminins particulièrement forts qui sont toutes trois viscéralement attachées à une terre de vigne et à une maison : La Principal.

La première doit son indépendance à l’arrivée du phylloxéra. Le père lui confie le domaine, certain de sa ruine prochaine, et installe ses fils à Barcelone, l’un médecin, l’autre avocat tandis que le troisième prend la robe pourpre de nonce pour le plus grand bien de la famille.

Maria va vite comprendre que sa réclusion campagnarde est aussi une liberté. Elle se trouve un mari idéal (musicien, poète et bientôt mort) pour mener son monde à la baguette. Bigote, elle règne sur une société quasi féodale où il n’est pas incongru de se faire véhiculer en chaise à porteur. Sa fille Maria prendra sa suite avec brio. Elle aussi va se trouver un compagnon vraiment hors norme qui va lui donner une autre petite Maria.

Le récit se construit autour de l’enquête d’un inspecteur de police franquiste qui se rêve en Hercule Poirot et qui n’a jamais oublié la découverte du cadavre émasculé d’un contremaître à la porte de La Principal en 1937. A l’hiver 40, il revient, pugnace, pour démêler les fils de l’histoire. Il n’est qu’au début de ses surprises. Et nous, des nôtres.

Cette fresque sur la bourgeoisie catalane rurale d’avant et d’après-guerre, pêche parfois par une écriture relâchée (problème de traduction ?), mais emporte comme un bon film de genre.

Carole Vignaud

(1) Lire dans ce blog l’article de Michel Gorsse sur « Les yeux fardés ».

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