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Publié par Bernard Revel

« Cremada » de Maïté Pinero

Editions Mare Nostrum, Perpignan. 168 pages, 13 euros 

Maïté Pinero est née à Ille-sur-Têt. Journaliste, elle a été correspondante de presse en Amérique Latine dans les années quatre-vingts. Elle a couvert la révolution sandiniste au Nicaragua, les guérillas au Salvador et en Colombie, la chute des dictatures chiliennes et haïtiennes. Elle a écrit plusieurs romans et recueils de nouvelles dont « Le trouble des eaux » (Julliard, 1995). Les huit nouvelles de « Cremada », rééditées par Philippe Salus, illustrent parfaitement le ton « Noir » de la collection que lance Mare Nostrum.

Très différentes les unes des autres, elles ont pour cadre, à l’exception de la dernière, la région natale de l’auteur et racontent des destins scellés par le non-dit, l’accident, l’origine, la violence conjugale, le soupçon. Dans un monde rural où les voisins épient, écoutent, font des ragots, les faibles - des femmes et des enfants surtout - sont condamnés au silence et n’ont d’autre échappatoire que la mort ou la vengeance. Les humains ne sont pas seuls en cause. Le réalisme des situations prend soudain une dimension fantastique lorsqu’un arbre, des statues, des animaux s’en mêlent. Maïté Pinero pratique avec le plus grand naturel et sans effet de style l’art de mélanger les genres.

La noirceur des récits est parfois tempérée par des scènes cocasses comme la dispute des saints et des Vierges dans l’église de Serrabone ou la révolte des gargouilles des cloîtres romans exposés en Amérique. Mais c’est surtout aux vies sacrifiées que l’on s’attache : Antoinette entendant sur son lit de mort, les pleurs qui, dans sa jeunesse, brisèrent son cœur à jamais ; la Cremada qui, toujours vêtue de noir et gris souris, si malheureuse qu’elle « aurait souhaité n’avoir ni ombre ni reflet », comprend soudain, à la toute dernière ligne du récit, pourquoi le dentiste l’a prise à son service ; Claire, battue régulièrement par son mari et qui se tait parce que personne au village ne voudrait croire que cette « pâte d’homme » soit un tortionnaire.

L’envers du décor tel que le montre Maïté Pinero laisse un goût de cendre.

Bernard Revel

 

 

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