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Publié par Bernard Revel

« Nuit sur la brèche et autres récits haut perchés »

de Patrice Teisseire-Dufour

 

Le pyrénéisme a ses héros : Ramond, Russel, Schrader, Ollivier, Béraldi, les frères Ravier et tant d’autres attirés par cette chaîne où la nature règne sans rejeter l’homme. Sur leurs traces, Joseph Ribas l’a parcourue passionnément et décrite tout au long de sa vie avec autant d’érudition que de lyrisme, de précision que de poésie. Il reprend dans « Pyrénées, le désir de voyage » cette question posée à un alpiniste célèbre : « Pourquoi gravissez-vous les montagnes ? » Et la réponse fut : « Tout simplement parce qu’elles sont là ! » Ces mots, Patrice Teisseire-Dufour, reporter randonneur à Pyrénées-magazine, aurait pu les prononcer, lui qui, à son tour, ne cesse de mettre ses pas « là-haut », entre Atlantique et Méditerranée, dans ces espaces que seuls nos yeux, bien souvent, peuvent atteindre.

Mais dans son petit livre joliment intitulé « Nuit sur la brèche et autres récits haut perchés », son but est moins de nous en mettre « plein la vue » que de nous faire partager quelques moments, cocasses ou incongrus, vécus aux « quatre coins du hasard » pendant ses équipées : des chaussures qui « tirent la langue », le regard d’un renard famélique, un orage aux trousses, la soupe aux pâtes sur l’Aneto, le plus beau petit coin des Pyrénées, la Trobada du Canigou en autostop, la recherche de soucoupes volantes dans les entrailles du Bugarach, un criquet au menu, et bien d’autres encore. Ces faits anecdotiques brièvement relatés et qui n’ont l’air de rien, montrent que, par delà les exploits, l’endurance nécessaire pour surmonter la fatigue, la beauté des paysages, ce qui fait aussi le sel de l’aventure c’est l’imprévu, la poisse, l’erreur, bref le facteur humain dans ce qu’il peut avoir de plus dérisoire.

Patrice Teisseire-Dufour fait en quelque sorte l’éloge de la banalité dans l’exceptionnel. Le pyrénéisme, c’est avoir « tout le poids de l’Ossau » dans son dos, certes. Mais les petits soucis tels que l’oubli d’une clé ou une tempête sous une tente, ne sont pas plus légers, même s’ils amusent le lecteur. En tout cas, ils sont inévitables et favorisent souvent les rencontres et le partage qui sont, au fond, ce que recherche aussi le reporter. Ainsi a-t-il croisé un jour un autre marcheur des hauteurs, l’écrivain et éleveur de chevaux Michel Gorsse qui lui a raconté son chemin de Compostelle et lui a laissé ces mots à méditer pas à pas : « Marcher, c’est tout simplement faire tourner la Terre. »

Les récits de Patrice Teisseire-Dufour nous donnent envie de la faire tourner.

 

Bernard Revel

 

« Nuit sur la brèche et autres récits haut perchés », éditions Gypaète. Patrice Teisseire-Dufour a été journaliste à la Semaine du Roussillon et à l’Indépendant.

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