Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Bernard Revel

« Un port de déesse » de Thérèse Cau

Cap Béar éditions, Perpignan, 172 pages, 14 euros.

Thérèse Cau a publié depuis 2014 « L’album de l’exil », récit sur la guerre d’Espagne, « Saints de glace au Racou » et « Mala sort », tous édités chez Cap Béar.  

Dans son quatrième roman, Thérèse Cau dépeint une réalité vécue au cœur d’une fiction policière par une sage et studieuse lycéenne des années 60 qui lui ressemble beaucoup. Sa vie bien réglée avec des parents qui furent des exilés de la Retirada, dans un petit appartement du quartier de la Citre, à Port-Vendres, est soudain bouleversée par la mort du voisin du dessus dont le corps est repêché près de son chalutier. Personne ne regrette cet homme violent, alcoolique dont la première victime quotidienne était sa femme, Andrée, à qui « il en faisait voir de toutes les couleurs », et quand la nouvelle se répand qu’il a été assassiné, nul n’en est étonné. Querelle d’ivrognes, vengeance d’un mari trompé, acte désespéré d’une épouse battue, règlement de comptes, tout Port-Vendres bruisse d’hypothèses et se passionne pour cette énigme qui défraye la chronique. Thérèse la première mène son enquête, discrètement, en écoutant les ragots des commères, les propos de bistrot et autres commerces, en promenant le chien Dick et en tirant les vers du nez d’un simple d’esprit qui aime les bonbons. Cette passionnée de lecture trouve dans un polar d’Exbrayat ou un roman de Françoise Sagan de quoi exciter son imagination. Mais nous ne sommes pas ici dans l’univers glauque d’un Connoly ou dépressif d’un Mankell. Certes, l’époque se prête aux intrigues les plus folles : fin de la guerre d’Algérie, arrivée massive des Pieds-noirs, actions violentes de l’OAS et du SAC, mais Port-Vendres n’est pas le port de l’angoisse. Les investigations de Thérèse font davantage penser au Club des cinq de la Bibliothèque rose qu’aux « Egouts de Los Angeles ».

Ce qui rend la lecture de ce roman plaisante, c’est sa façon de redonner vie à une époque à travers le regard d’une jeune fille qui écoute les chanteurs yéyés mais s’intéresse moins aux garçons qu’à sa vie de famille, entre les feuilletons à la radio et la télé naissante, les bons plats de sa mère dont elle nous livre quelques recettes et les soucis professionnels de son père. Comme des remous dans l’eau qui dort, le meurtre perturbe peu cet ordre des choses, immuable d’une maison à l’autre, qui nous semble pourtant aujourd’hui si lointain. Vénus a toujours veillé sur le port. Qu’on meure ou qu’on tue pour elle, elle reste indifférente au temps qui ne suspend jamais son vol. Ce roman bien écrit est une sorte d’hommage que rend Thérèse Cau à une déesse qui s’appelle la jeunesse.

Bernard Revel

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article