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Publié par Michel Gorsse

Jean Rolin : des oiseaux et des hommesJean Rolin : des oiseaux et des hommes

 Le Traquet kurde

Éditions P.O.L, 176 pages, 15€

 

Ecrivain et journaliste, Jean Rolin est né en 1949 à Boulogne-Billancourt. Il est l’auteur de nombreux romans dont L’Organisation (prix Médicis 1996), L’homme qui a vu l’ours, L’explosion de la durite, Un chien mort après lui, Les Evénements, Peleliu. 

Voilà un récit foutraque, délicieusement foutraque. On s’y balade du British Muséum au Désert des Désert (Rub al-Khali), de l’Auvergne au Kurdistan, de la plaine de Ninive à la Mauritanie. On y croise d’étonnants personnages, tous de chair et d’os : une flopée d’ornithologues enflammés dont quelques imposteurs de haut vol comme Richard Meinertzhagen officier britannique mythomane (1878-1967) capable de s’attribuer indument des exploits guerriers et de bourrer sa sacoche de piafs empaillés pour les soustraire aux plus grands musées et s’en approprier la découverte, l’auteur des  « Sept piliers de la sagesse » T.E. Lawrence, St. John Philby le paternel du célèbre espion, des Peshmergas armés jusqu’aux dents, et un Moyen-Orient tristement d’actualité comme le suggère le titre du livre.

Le prétexte à ce périple pour le moins farfelu : un oiseau, un simple friquet pour le profane, « un oiseau qu’à ses joues noires, son dos beige, son sourcil blanc et son ventre également blanc, mais distinctement teinté de roux à la base de la queue, celle-ci noire et blanche une fois déployée, nous avons reconnu sans risque d’erreur comme un spécimen de traquet kurde, le premier qu’il m’ait été de voir dans la nature. »

 Nous sommes donc sur ses traces vagabondes. D’avoir été vu et photographié dans le Puy de Dôme, si loin de son territoire de prédilection, a de quoi intriguer le narrateur qui n’est pas un manchot en ornithologie. Il décide de mener l’enquête, fouillant dans les archives et arpentant le terrain. Il en profite au passage, poétiquement et sans nous assommer, pour évoquer une multitude d’insignes passereaux, ceux-là même que spécialistes et amateurs passionnés rêvent d’observer un jour, aux noms évocateurs et chantant tels que l’iranie à gorge blanche, le bruant mélanocéphale, la sittelle de Neumayer et tant d’autres. 

Bien qu’on se croirait tout au long du livre dans une volière gazouillante et colorée on n’en traverse pas moins des contrées conflictuelles et dangereuses où il est plus fréquent en certains lieux d’entendre le sifflement des balles que le trille du merle. Ainsi, dans cette quête animalière, l’histoire contemporaine ne cesse d’être présente et de faire entendre son bruit de fond dramatique, son obstination belliqueuse. Si Jean Rolin, en ornithologue érudit, nous entretient plaisamment de l’avifaune, il n’en continue pas moins, en toile de fond, de nous brosser le tableau des turpitudes et des aberrations de notre monde.

 À travers ce livre de peu, dans un style d’une précision remarquable, dans une langue ciselée et enjouée, Jean Rolin exécute sous nos yeux ébahis un salto littéraire arrière qui ne manque pas de panache.

Michel Gorsse

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