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Publié par Bernard Revel

Joseph Delteil (1894-1978). Né un 20 avril à Villar-en-Val dans l’Aude, mort un 12 avril, il y a exactement 40 ans. Il est enterré à Pieusse, le village de son enfance près de Limoux, où repose à ses côtés, depuis juillet 1982, Caroline, la femme de sa vie.

Delteil, ce sont des souvenirs, une voix attachante, un regard émerveillé, des interventions radiodiffusées et télévisées mémorables, un appel contre l’énergie nucléaire quelque temps avant sa mort et par-dessus tout, une œuvre qui, aujourd’hui encore, interpelle, étonne, enthousiasme, bref, vit. Delteil, ce sont aussi des lieux : Limoux où il amena Chagall et Robert Delaunay, le Paris des Surréalistes et de la Revue Nègre, la Galaube dans la Montagne Noire où il venait chaque été et surtout la Tuilerie de Massane à Grabels, cette « Deltheillerie », pour reprendre le titre de son magnifique roman autobiographique, qui tombe scandaleusement en ruines aux portes de Montpellier,

Il connut la gloire parisienne et la quitta brusquement pour une vie qu’il qualifia de paléolithique. Henry Miller, Lawrence Durell, Pierre Soulages l’admiraient… et tant d’autres aussi, célèbres ou obscurs, pris dans la sève de ses « mots moustachus et phrases à poil », dans l’immensité de son rire, dans l’océan de sa folle imagination.

En 1961, Delteil publie chez Grasset des « Œuvres complètes » qui ne le sont pas. Elles ne comportent, en effet, que six romans et biographies (« Sur le fleuve Amour », « Choléra », « Jeanne d’Arc », « Saint Don Juan », « Jésus II », « François d’Assise ») sur la trentaine d’ouvrages qu’il a publiés. « Tout Delteil en un seul volume ! Et tout le reste au feu ! »s’exclame-t-il dans une préface tonitruante qu’il conclut par ces mots : « J’ai conscience que ceci – un million de signes, quoi ! – représente le vrai Delteil et j’oserai dire tout Delteil ».Au feu, « Les Cinq sens », « Les poilus », « La Fayette », « Il était une fois Napoléon », « Le vert galant », « La jonque de porcelaine » ?

Le 3 juin 1975, dans une lettre à son éditeur, Joseph Delteil reconnaissait que, dans son choix, il avait été « extrêmement sévère et presque méchant ». « Mais quoi, ajoutait-il, qu’est-ce que l’auteur, sinon, tant qu’il est vivant, le maître absolu de son ouvrage et qui a le droit, jusqu’à la dernière heure de le corriger et de le modifier, et même, naturellement s’il le juge bon, de révoquer sa révocation ».Il décida alors de publier tout ce qu’il avait laissé de côté : romans, poèmes, essais, préfaces, lettres. Mais il mourut trois ans plus tard sans avoir eu le plaisir de voir ses « Œuvres complètes » complétées.

Il faudra attendre le début des années quatre-vingts et l’obstination d’un libraire de Carcassonne, Patrick Collot, pour que le souhait de l’écrivain se

réalise. Nourri comme tant d’autres de sa génération au lait enivrant des mots delteilliens, Patrick Collot crée sa propre maison d’édition et publie en 1982 « La Belle Aude ». D’autres titres suivront : « Perpignan », puis, en collaboration avec Denoël, « Les cinq sens », « Il était une fois Napoléon » et en collaboration avec Le temps qu’il fait, « La jonque de porcelaine », « A la belle étoile », « Musée de marine ». Les éditions Grasset publieront, quant à elles, « Les poilus », « La Fayette », « Le maître ironique ». De nombreux ouvrages sont consacrés à l’auteur de « La cuisine paléolithique ». Citons parmi les plus récents : « Delteil Soleil » de Jean-Louis Malves, « Delteil en détail » publié par les Cahiers de l’Université de Perpignan sous la direction d’Anne-Lise Blanc, « Joseph Delteil, une biographie » par Robert Briatte. 

Cette année Delteil sera-t-elle enfin celle du sauvetage de la Tuilerie de Massane laissée à l’abandon depuis la mort de l’écrivain ? « Donc il y avait là-bas dans les garrigues de Montpellier une espèce de vieille métairie à vins, à lavandes et à kermès, a demi abandonnée, et dont j’ai fait une oasis dans le désert, un point de vie comme il y a des points d’eau » (« La Deltheillerie »)

Ce lieu central où s’écrivirent des pages de l’histoire littéraire, son salon-bibliothèque, sa cuisine mythique, n’est plus que décombres, murs dévastés, plafonds effondrés. Une campagne est menée depuis 2005 pour que l’agglomération de Montpellier ou la Région l’achète et le restaure. Un Comité de sauvegarde créé par la revue Souffles a lancé récemment l’appel « un nouveau souffle pour Delteil » avec le soutien de Pierre Soulages, Fabrice Luchini, Christian Lacroix, Catherine Frot, Jean-Claude Drouot, etc. Une pétition « Sauvons la maison du poète Joseph Delteil à Grabels »circule. Elle a déjà recueilli près de 10.000 signatures et sera adressée à la ministre de la Culture.

« La Deltheilleriec'est le domaine imaginaire de ma création, comme la Tuilerie de Massane est le domaine réel où je vis. Ah ! La Tuilerie, je n'y suis pas né mais je considère que c'est ma maison sur la Terre. C'est celle où j'ai le plus souvent habité, celle où j'ai fait ma coquille comme un escargot ». Ainsi parlait celui qui, un brin provocateur, avait préfacé l’un de ses premiers livres par ces « simples » mots : « L’Art c’est moi ».

Bernard Revel

 

* Voir dans ce blog notre reportage illustré sur "la Deltheillerie après Delteil".

* Le portrait de Joseph Delteil a été pris à la Galaube dans la Montagne noire, durant l'été 1972, par le photographe de l'Indépendant Pierre Calmettes qui signait NOEM.

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