Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Michel Lloubes

 

« Mémoires » de Beate et Serge Klarsfeld

 

Fayard/Flammarion, 2015. Livre de poche, 2016, 1032 pages.
Beate et Serge Klarsfeld ont reçu pour ce livre le Prix Pétrarque de l'Essai France Culture - Le Monde.

 

En ces temps où la moitié de l'Europe bade et s'agonit de futilités consuméristes, pendant que l’autre ressort de ses malles ses vieilles chemises brunes, noires, azules, arribaspania i caralsol, il est, Dieu soit loué, des livres qui sortent pour remonter le moral de ceux que l’inquiétude titille. 
Certes, il faut aussi un certain courage, lorsque sous les pieds crisse le sable brûlant, pour se lancer dans la lecture d'un pavé de plus de 1 000 plages, pardon, pages.

Mais Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld, même s'il épouse parfois le rythme d'un roman policier, mérite, par le sujet et la passion qui anime les deux héros, toute l'attention et le respect que jadis dès le CP, on portait aux livres d'Histoire. Avec un grand H. 
Pas de grand E en revanche pour l'écriture, pas d’effets de style, ni de manches, pour les auteurs, c’est simple, direct, droit, des barres parallèles auxquelles se suspendent et se coordonnent parfaitement nos narrateurs. Il est juif, elle est seulement allemande, et sont à tu et à toi d'une palpitante vie commune vouée à une lutte inlassable et forcément anachronique en ce XXIème siècle d'indifférence et d'aliénation morale : le combat pour la vérité et la justice.
Gamin, Serge Klarsfeld, caché au fond d’une armoire, avait vu son père se rendre à la police française pour sauver les siens, arrestation qui le conduisit à Auschwitz. Elle, révoltée par l’immunité dont bénéficiaient trop de criminels de l’appareil hitlérien, s’était muée en pasionaria, no pasaran ! Ainsi, tous deux, et plus tard avec leur fils Arno, firent de la traque aux anciens nazis, et autres collabos de la solution finale, leur raison de vivre. D'abord les retrouver, où qu'ils soient, les identifier formellement, car ils se cachent souvent sous de faux noms, les extrader, et les traduire en justice. Pareille affaire pourrait paraître simple et facile tant semblent évidentes les culpabilités de ces criminels bornant de leurs silhouettes sinistres les horribles et douloureux chemins de la Shoah. Et bien non... Et il est surprenant, effarant même, de découvrir combien, dans cette Europe démocratiquement retrouvée, la chasse des Klarsfeld fut compliquée, ardue, tendue de chausse-trappes, de rejets, de malveillances, de menaces et même d’attentats.... 
Mais à force d'obstination et de courage, se retrouveront devant la justice les Lischka, Heinrichsohn et Oberg, chefs de file de la déportation des Juifs en France, les Brunner et Barbie, plus connus, ainsi que Bousquet, Papon, Touvier, Legeay, leurs collaborateurs français. 
Restait plus que Pétain qui voit aussi confirmé, documents à l'appui, son virulent antisémitisme que d'aucuns tendaient récemment d'alléger sinon d’excuser et pardonner.
Non, rien de nouveau dans la vieille Europe qui ne semble toujours pas s’émouvoir d’avoir failli en prendre pour mille ans, un détail, n’est-ce pas, dans l’histoire de l’inhumanité.

 

Michel Lloubes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article