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Publié par Bernard Revel

« Les chasseurs dans la neige » de Jean-Yves Laurichesse

 

Ateliers Henry Dougier, 92 pages.

Professeur à l’université de Toulouse, Jean-Yves Laurichesse est l’auteur d’essais de critique littéraire et de plusieurs romans dont « Un passant incertain », prix Jean Morer des Vendanges littéraires 2017.

 

N’avez-vous jamais éprouvé l’envie d’entrer dans un tableau ? Jean-Yves Laurichesse nous y invite avec un récit qui trouve son inspiration dans la célèbre peinture de Pieter Bruegel l’Ancien : « Les chasseurs dans la neige », titre de son ouvrage. Après cinq romans remarqués dont « Place Monge » et « Les brisées », cet universitaire, professeur de littérature française, surprend ses lecteurs en leur proposant cette fois, non pas un essai savant ou un voyage romanesque dans la mémoire, mais une histoire qui, simple fait d’hiver en apparence, baigne dans la magie d’un conte de Noël.

Car sous sa plume, le tableau s’anime, il nous happe et seul un chien semble remarquer notre présence. Nous accompagnons les chasseurs exténués qui rentrent presque bredouilles, nous nous approchons du feu qui ronfle devant l’auberge, nous nous mêlons aux patineurs sur le champ gelé et nous courons vers la ferme, au loin, que menacent les flammes. Soudain, un homme apparait, barbu au chapeau noir, vêtu comme un bourgeois de Brussel. Il dessine. Il regarde les villageois avec tendresse : « C’est eux qu’il aime peindre, dans leurs travaux et leurs fêtes, pour donner gloire à leurs vies promises à l’oubli, comme recouvertes déjà du drap blanc de la neige ». Il est « triste de n’être pas des leurs ».

A l’auberge, il a fait danser une jeune fille qui, depuis, pense beaucoup à cet homme beaucoup plus âgé qu’elle et si différent des gens du village. Elle s’appelle Maeke et aide sa mère qui est veuve dans ses travaux de broderie. Elle le reverra quelque temps plus tard car, lui aussi ne l’a pas oubliée. Il est revenu pour dessiner des scènes du grand tableau d’hiver qu’il peindra plus tard dans son atelier. Il la rencontre à l’auberge puis chez elle où la mère lui montre leurs broderies. « Il se dit qu’ils font un peu le même métier d’embellir le monde avec des moyens matériels ». Il la reconnait aussi parmi d’autres patineurs et la dessine « toute droite sur la glace, hésitant encore à s’élancer ».

Quels sentiments les rapprochent ? On ne saurait le dire. Sans doute est-elle éprise de lui. Pour lui, homme mûr, marié, père d’un petit garçon, elle est la muse du tableau qui prend forme. Sans elle, minuscule silhouette sur la glace qui semble le fixer, jamais, se dit-il, il n’aurait eu « cette impression de vivre dans un paysage comme dans une peinture »

450 ans après la mort de Pieter Bruegel survenue en 1569, le tableau nous raconte toujours des histoires.

Jean-Yves Laurichesse est allé voir récemment l’original au Kunsthistorisches Museum de Vienne. « Perdu dans l’éternel hiver », il eut l’impression de redevenir cet adolescent qui le découvrit dans un album offert en 1972. L’art abolit le temps. On referme le livre, touché par sa poésie, avec l’espoir de poursuivre le rêve quand « la nuit tombée se presse contre les carreaux ».

Bernard Revel

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