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Publié par Bernard Revel

« Le crime du métro » de Christian Di Scipio

 

Cap Béar éditions, 356 pages, 16 euros.

Auteur de trois romans policiers (« Sang et Orri », « D’amour et de haine », « Languedoc Connection »), Christian Di Scipio est membre du jury des Vendanges littéraires. Ancien professeur et journaliste, il donne des conférences consacrées au fait divers. 

 

Christian Di Scipio, auteur de plusieurs polars qui ont pour cadre la région, s’attaque cette fois, avec la minutie du journaliste qu’il fut, à un fait divers bien réel qui fut commis dans le Paris du Front populaire : le meurtre d’une jeune femme, Laetitia Toureaux, le 16 mai 1937, dans une voiture de première classe du métro, à la station Porte de Charenton. Un crime jamais élucidé. 

Il est vrai que la jolie veuve Laetitia, originaire du Val d’Aoste, menait une vie de patachon qui l’exposait à bien des dangers : ouvrière d’usine le jour, préposée aux vestiaires et, à l’occasion, entraineuse dans un dancing la nuit, espionne pour le compte de l’Italie mussolinienne, elle côtoyait toute une faune interlope qui semblait l’exciter et l’effrayer à la fois : malfrats aux sobriquets pittoresques (Pierrot le Bancal, René le Balafré), fascistes italiens, « Petit notaire » de la Cagoule, auxquels s’ajoutaient un détective un peu trop protecteur et un jeune amoureux frustré au fort accent du Midi qu’elle menait par le bout du nez. Bref, dans un Paris qui était, écrit Di Scipio, « une sorte de champ clos où les fanatiques de tous bords réglaient leurs comptes sanglants en faisant appel à des exécuteurs », elle jouait avec le feu.

Fort d’une documentation très fouillée et avec autant de précisions dans les descriptions que de vivacité dans les dialogues, l’auteur fait revivre tout ce beau monde. De son quartier de Ménilmontant à l’usine de cirage de Saint-Ouen, de l’As de Cœur, rue des Vertus, aux bords de la Marne du côté de Maisons-Alfort, Laetitia nous entraine dans le tourbillon de sa vie qui l’emporte même en train jusqu’à San Remo où elle rencontre le séduisant Comte Ciano, gendre du Duce.

Mais quand la mort frappe trop près, l’ivresse cède vite la place à la peur. 

« Elle eut l’impression qu’un puzzle sanglant se construisait autour d’elle, un jeu dont elle était depuis des mois, sans s’en douter, la pièce maîtresse ». C’est en effet un puzzle qu’assemble par petites touches Christian Di Scipio, au risque de nous égarer parfois dans la succession des personnages qui, peu à peu, complètent le tableau. Il ne lui reste plus alors, quand tout est en place, qu’à nous révéler sa propre clé d’une énigme vieille de 81ans.

Bernard Revel

 

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