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Publié par Chantal Lévêque

« Le non-partant » de Christophe Sainzelle

 

Editions ETT/Dépendances (Juin 2019)

Christophe Sainzelle est né et vit à Epernay

  

Où donc ne peut partir ce non-partant ? Le titre de ce second ouvrage de Christophe Sainzelle laisse perplexe. On se souvient de son tout premier où il nous racontait les déboires du jeune David Barette, à l’enfance d’un Poil de Carotte trouvant la rédemption dans l’existence d’un géniteur musicien, une idole du rock des années quatre-vingts (1).

Là aussi, il est question de musique… mais plutôt versant classique.

Eric Debussy a une vie tranquille. Son travail dans un supermarché lui laisse le temps de baguenauder. Une maison confortable, une épouse douce et aimante, une addiction aux courses hippiques qui l’entraîne quelquefois dans des excès, mais rien de très grave (les connaisseurs apprécieront les émotions liées à cet univers si particulier). 

Soudain lui reviennent ses rêves de compositeur, du temps de son enfance et il décide de s’y remettre. Patiemment, courageusement, s’obligeant à une stricte discipline… un peu comme un écrivain devant sa page blanche, il s’applique tant et plus à débusquer l’inspiration que cela l’entraîne vers des mondes parallèles des plus cocasses. Il faut dire aussi qu’un grain se profile à l’horizon. Très doucement, discrètement, on le voit venir… dans de petits détails, délicatement posés sur la page. Et qui devient… grain de folie, avec ses échappées fantasques, pleines d’autodérision, d’absurde, de non-sens, apportant une certaine légèreté aux évocations les plus tristes, les plus dramatiques du récit. L’humour, le pittoresque ne sont jamais très loin dans les péripéties sainzelliennes ! 

Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette légèreté de ton, ce fatalisme apparent du personnage, son flegme naturel, son air dégagé n’occultent en rien chez le lecteur le sentiment que, mine de rien, au vu des drames passés et probablement à venir, la vie d’Eric Debussy n’est pas aussi cool qu’il n’y paraît. Contre l’adversité, il ne se rebelle pas. Il ne combat pas. Tout à la fois, il accepte et sans le vouloir vraiment, comme à son insu, il choisit la fuite. Il s’accroche à ses fantasmagories, comme pour ne pas se laisser happer par la tragédie, pour ne pas perdre pied. C’est un Pierrot de la lune !

C’est tout ce qu’il y a de sous-jacent et dit sur un ton banal, le plus simplement du monde, qui fait la qualité de ce roman. Modeste, sans fioritures, sans effet de style, mais fort de sensibilité, de justesse dans les émotions, de vérité dans la description du quotidien.

Petit cheval à bascule sur la couverture, comme un clin d’œil au titre. Qui ne partira jamais plus loin que dans l’imaginaire de celui qui le chevauche. Qui s’en va bercer ses rêves, ses attentes. Un non-partant que ce petit cheval, à l’image du personnage du livre. Un non-partant sur les hippodromes, là où il oublie les aléas de son existence. Un non-partant dans la réalisation de son désir, celui de composer une symphonie célèbre et intemporelle, comme son aïeul.

Un non-partant dans le monde de la littérature ? Ça, c’est moins sûr. Parce qu’il avance, Monsieur Sainzelle… il persévère, et son second opus, riche de bien d’autres choses encore à découvrir, est bien la preuve que cela en vaut la peine de « retourner chaque jour dans l’obscurité ».D’apprendre à l’apprivoiser. D’avancer toujours plus loin, dans son tunnel, même si la lumière semble inaccessible. 

J’ai misé sur ce non-partant, ce petit roman qui pose la question de l’amour, de la création et de la résilience, et sur son créateur… sans l’avoir regretté ! 

Chantal Lévêque

 

(1). Lire dans ce blog : « Je suis le fils de mon idole de rock »

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