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Publié par Sylvie Coral

« Les trois femmes du consul » de Jean-Christophe Rufin

 

(Editions Flammarion, 270 pages)

 

Chacun de nous a forcément aimé au moins un roman de Jean-Christophe Rufin. Cette affirmation peut sembler très péremptoire, mais le risque qu’elle soit fausse est faible. C’est normal, il y en a pour tous les goûts. Depuis « L’Abyssin », paru en 1997, en passant par « Rouge Brésil » (2001) ou par l’excellent « Katiba » (2010), ou bien en faisant un détour sportif et spirituel par « Immortelle randonnée » (2013 fut décidément l’année des marcheurs, voir note ci-dessous), Jean-Christophe Rufin nous fait voyager dans le temps, dans l’espace, et ouvre des portes habituellement fermées au commun des mortels.

Avec « Le Suspendu de Conakry » (2018), il explore un genre inédit sous sa plume, au demeurant fort bien tournée : le policier. Y apparaît pour la première fois un héros totalement décalé, Aurel Timescu, roumain d’origine et consul de profession. Aurel a cette particularité de nourrir une passion pour les énigmes, la justice et le triomphe de la vérité, ce qui ne fait pas du tout partie de ses missions. Pour cerner sa psychologie et ses motivations, il n’est pas inutile d’avoir lu ce premier opus. On y apprend qu’Aurel a grandi dans la Roumanie de Ceausescu. On imagine aisément que cela puisse forger une personnalité. 

Ainsi, ce petit homme mal fagoté, discret, peu séduisant, en apparence soumis, incroyablement clairvoyant, parfois téméraire et effronté, est capable d’enquêter en douce puis de confondre le ou les coupables sans s’approprier la victoire finale, sans éprouver le besoin de revendiquer le triomphe du dénouement. « C’est vrai, - dit-il - que j’ai un peu aidé à trouver les coupables mais personne ne peut me le reprocher. Et puis, je suis fonctionnaire. En France, c’est sacré. Quand mes supérieurs m’en veulent, c’est-à-dire toujours, ils n’ont qu’une solution : me mettre au placard. Et moi, le placard, j’aime ça ! »

Cette faculté d’effacement fait de lui une exception absolue dans ce milieu de la diplomatie que Jean-Christophe Rufin connaît parfaitement de l’intérieur.

Dans « Les trois femmes du Consul », notre atypique détective amateur a été nommé Consul adjoint de France au Mozambique. Il occupe ce poste assez médiocrement et il le sait. Jusqu’au jour où Béliot, un vieux Blanc irascible, directeur d’un hôtel de Maputo, est retrouvé mort dans sa piscine. La police soupçonne assez vite l’une des trois épouses. Ménageant la chèvre diplomatique et le chou policier, Aurel Timescu va creuser, fouiner, jusqu’à lever un lièvre inattendu et découvrir des malversations qui dépassent largement le fait divers.

Né en 1952, Jean-Christophe Rufin est médecin, écrivain et diplomate. Il compte parmi les pionniers du mouvement humanitaire « Médecins sans Frontières ». Président de « Action contre la Faim » de 2002 à 2006, il a été Ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Il a mené de front une carrière médicale, humanitaire et diplomatique. Auteur de nombreux romans et essais, il s’est vu décerner le Prix Goncourt en 2001 pour « Rouge Brésil », le Prix Interallié en 1999 pour « Les Causes perdues », après avoir reçu le Prix Goncourt du Premier roman et le Prix Méditerranée en 1997 pour « L’Abyssin ». Jean-Christophe Rufin occupe un fauteuil de l’Académie Française depuis 2008.

Sylvie Coral

 

(Photo du haut : Pascal Ito Flammarion)

 

Lire dans ce blog : Questions à Jean-Paul Kauffmann.

 

 

 

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