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Publié par Carole Vignaud

« Vie de Gérard Fulmard », Editions de Minuit, 18,50 €

 

Dans la veine de ses Grandes blondes ou encore de son Envoyée spéciale, Jean Echenoz joue avec son lecteur et décode à pleins tubes les codes de ce genre ultra-policé qu’est le polar. Avec Echenoz le roman n’est pas noir, il est légèrement gris. Enivrant de virtuosité d’écriture, il se déguste frappé au coin de l’humour froid.
 

Son enquêteur débutant, le peu fameux Gérard Fulmard, ex-steward mis à pied pour d’obscures raisons, ambitionne très mollement d’ouvrir une agence de détective. Malgré (ou à cause de) la chute d’un (gros) bout de satellite soviétique près de chez lui, Fulmard transforme l’appartement de sa maman. Un porte-parapluies, un paravent, un bureau, un classeur et Fulmard, qui caresse surtout l’idée d’embaucher une secrétaire, s’improvise enquêteur. Après une première intervention calamiteuse dans un pavillon cossu, Fulmard est embauché par son propre psychiatre pour surveiller la fille de la présidente d’un parti politique enlevée depuis peu. La mère, pas la fille.
Émoustillé par cette dernière, Fulmard n’hésite pas à se jeter à l’eau. Ce qui ne va pas lui être d’un grand secours pour la suite de ses investigations.
Avec un art consommé de la digression, Echenoz nous offre un florilège de mots rares et précieux, de situations loufoques et de contre-pied. Fulmard dit « je » mais un narrateur surplombant prend de temps en temps la main pour interpeller le lecteur. Il nous promet une belle scène de sexe (incontournable dans un bon polar) mais ce n’est jamais le bon moment. Et puis, dans le sexe, on sait bien que c’est l’attente le meilleur. Dont acte. 

Sans divulgacher, Fulmard est parfait de bout en bout : velléitaire et ventripotent, ridicule et ringard, cet anti-Sam Spade va quitter la scène (et la Seine) sans jamais avoir ne serait-ce qu’effleuré son Faucon Maltais. Un récit drôlatique bizarement construit qui aurait sûrement ravi le lecteur Henri Lhéritier qui savait ce que c'était que d'avoir un cadavre dans son placard. En profiter pour relire Le Défilé du Condottiere

Carole Vignaud

 

Photo du haut : Jean Echenoz et son éditrice Irène Lindon aux Vendanges littéraires de Rivesaltes en 2016.

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Sc 12/03/2020 18:48

Une belle mise en appétit, du Carole pur jus, et merci pour ce clin d'oeil à Henri Lhéritier, qui manque.