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Publié par Sylvie Coral

« L’Ironie du sort » de Paul Guimard
Éditions Denoël (1961), 156 pages, en poche Folio.


Est-ce parce que le sort s’acharne et que les temps sont mauvais que l’on ressent le besoin de se plonger dans les romans du passé ? Les livres, récents ou anciens, même prisonniers de librairies aux rideaux involontairement baissés, auront toujours le dernier mot. Celui qui éclaire, illustre, aide ou sauve.
Qui parle encore de Paul Guimard ? Cet écrivain contemporain, journaliste, époux de Benoîte Groult, a vécu entre 1921 et 2004. « Les choses de la vie » par exemple, c’est lui (1967). Très peu d’entre nous en ignorent l’adaptation cinématographique de Claude Sautet, en 1969, avec les inoubliables Michel Piccoli et Romy Schneider.
Au centre de l’œuvre de Paul Guimard se trouve un thème récurrent, l’immense part du hasard dans les relations humaines. Quel est le point de bascule dans le cours des choses, qu’est-ce qui nous fait prendre un chemin plutôt qu’un autre, où est notre libre-arbitre et dans quelle mesure sommes-nous victimes ou responsables ?

Dans son roman « Le Mauvais temps », moins pessimiste que le titre ne le laisse supposer, paru en 1976, Paul Guimard remet un monsieur vieillissant aux commandes de sa vie, en le réconciliant avec le jeune homme qu’il était et qui le regardait vieillir et changer avec trop de sévérité. S’engage un dialogue intérieur entre le narrateur, homme mûr, et son double intime, fantôme persistant de sa jeunesse : « Tu ne m’aimes pas. Je t’aime bien, et je veux remettre au point deux ou trois choses que je garde sur le cœur. » (…) « D’abord finissons-en avec ce mythe de la jeunesse royale, rayonnante, heureuse. La jeunesse heureuse est une invention de vieillards. Aucun poète adolescent n’a exprimé autre chose que l’incertitude, la difficulté d’être, le trouble, le désespoir et c’est seulement à partir d’un certain âge qu’ils se font les chanteurs de charme du blé en herbe. »
 

Dans L’Ironie du sort, « Antoine est persuadé d’être l’homme le plus solitaire de la terre et jamais pourtant il n’a été moins seul car le moindre de ses gestes entraîne d’incalculables conséquences. Toute une humanité qu’il ignore est solidaire de sa vie ou de sa mort. »
Nous sommes à Nantes, sous l’Occupation. Engagé dans la Résistance, Antoine, vingt ans, est en embuscade sous une porte cochère, armé d’un Webley à six coups. Il est onze heures du soir. Sa mission : abattre le Lieutenant allemand Werner de Rompsay pour tenter d’empêcher le démantèlement du réseau.
Va-t-il réussir et si oui, quelles vont-être les conséquences de son geste sur les destins qui lui sont liés, de près ou de loin, dont celui de sa fiancée ? « Pour elle aussi la route de l’avenir traverse la porte cochère au creux de laquelle Antoine, la bouche sèche et les nerfs durcis, arme le chien du Webley au-dessus de la première balle. »
Le roman se développe sur deux hypothèses opposées et dépendantes du sort d’Antoine, lui-même lié à un trivial problème de démarreur.
Paul Guimard est un auteur à relire ou découvrir, tant pour la grande qualité de son écriture que pour les thèmes existentiels qu’il aborde avec profondeur, humilité et intelligence.
D’abord journaliste de la RDF, il devient chargé de mission auprès de François Mitterrand en 1981, poste qu'il occupe jusqu'en août 1982. De 1982 à 1986, il est membre de la Haute autorité de la communication audiovisuelle. En 1993, il reçoit le prix littéraire de la fondation Prince Pierre de Monaco pour l'ensemble de sa carrière.

Sylvie Coral

« L’ironie du sort » a été adapté au cinéma par Édouard Molinaro en 1974, avec pour interprètes principaux Pierre Clémenti, Marie-Hélène Breillat et Claude Rich.

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