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Publié par Vendanges littéraires

Né dans l’Aveyron en 1930, Bernard Noël, après le lycée à Rodez, s’inscrit dans une école de journalisme à Paris mais est très vite attiré par la littérature, notamment le surréalisme. 
Son roman érotique, Le Château de Cène, réédité par Pauvert lui vaut, en 1969, un procès pour outrage aux bonnes mœurs. A la fois romancier, poète, essayiste, critique d’art, il compose une œuvre qui le place au rang des meilleurs écrivains contemporains. Sa mort, survenue le 13 avril, à l’âge de 90 ans, a inspiré à Didier Pobel cet hommage reconnaissant d’un poète à son aîné.  

Et maintenant Bernard Noël. Oui, Bernard Noël, après Jude Stefan, Pierre Oster, Philippe Jaccottet... C'est, en quelques mois, toute une génération de poètes qui s'en va, qui s'en vont. Ceux qui nous furent si précieux à nous autres nés après la guerre, dans les années 50 ou 60, ceux qui nous permirent de croire que d'autres mots que ceux de l'école étaient possibles, qu'un autre frôlement de la vie était à notre portée, qu'un dédain de la mort pouvait suffire à être au monde.
Hier soir, en apprenant la disparition de Bernard Noël, à 90 ans, j'ai repris ses livres dans ma bibliothèque en désordre, murmuré à nouveau Les Premiers mots, psalmodié des bribes de Messe blanche, réinvesti ce Château de Cène que les bulldozers de la "sensure" n'ont pas entamé...
J'ai retrouvé sur des enveloppes jaunies qu'on ouvrait en tremblant cette fine écriture si attentive, si fraternelle. J'ai songé à ce plateau de l'Aubrac parcouru en cherchant au bout d'un chemin au bord de l'Argence, la ferme natale de Sainte Geneviève. Je me suis remémoré ces brèves rencontres ici ou là, à table à Lyon avec Charles Juliet, dans une galerie à Paris ou ailleurs, à la Bibliothèque de Grenoble...
Bernard Noël, visage mi-clown blanc mi-Cocteau, avait une voix étrangement apaisée. Les syllabes qui s'en détachaient avaient la fragilité des yeux et l'inentamable des pierres :
« On va aux murailles / noircir la pupille des mots ».

 

Didier Pobel

Quelques titres puisés dans une œuvre très abondante : La Face du silence, Les premiers mots, L’ombre du double, Le Livre de l’oubli, Monologue du nous, Le reste du voyage.

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