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Publié par Bernard Revel

La Lorita de Simone Salgas

Éditions 19 (Narbonne), 126 pages                  

La « lorita » c’est une petite perruche. Parce qu’elle parle tout le temps et qu’elle aime bien regarder les oiseaux, les voisins ont donné ce surnom à Silvina qui vit avec ses parents et son petit frère Andrès à Santiago. Elle veut devenir écrivaine. Elle en est déjà à son deuxième roman. C’est elle qui s’exprime dans ce récit à la première personne d’une lecture savoureuse tant Simone Salgas, comme elle l’avait déjà prouvé avec la poignante « Lilou », trouve le ton juste pour dérouler les désirs, les opinions, les réflexions, les rêves d’une adolescente. Lorita est très excitée parce que le professeur a annoncé la venue prochaine dans leur classe de l’écrivaine française Louise Benoit. Elle compte bien lui montrer son dernier manuscrit.
Ses pensées vagabondent du coq à l’âne, quittant à la moindre occasion le présent. Elles nous plongent alors dans ses souvenirs, ses voyages, ses relations avec sa famille, ses meilleurs amis - dont Émilie qui « a l’anorexie » - ses camarades plus ou moins aimés. Puis les préoccupations du moment resurgissent. Les élèves doivent justement imaginer la vie de cette Louise Benoit qui est pour eux une illustre inconnue. Ils ne sont pas contents : elle n’est même pas sur Internet ! Mais Lorita, de l’imagination, elle en a à revendre. Elle prête à l’écrivaine un destin romanesque marqué par des drames. Toute vie n’est-elle pas romanesque ? A commencer par celle de Lorita dont le papa, architecte espagnol, « court la planète » pour construire des maisons qui résistent aux tremblements de terre. « Et nous, dit Maman, on court derrière lui ». Mais la maman aussi est une aventurière. Elle s’est même cassé un pied en voulant grimper en haut d’une falaise. En famille, ils ont parcouru le pays jusqu’au désert d’Acatama. Ils ont aussi visité les maisons de Pablo Neruda, « le plus grand des poètes chiliens, et des poètes de toute la terre ». Celle de Santiago qui s’appelle la Chascona où, en voyant un portrait de Matilde, la femme de Neruda, Andrès, le petit frère, a dit : « C’est Maman ! » Et celle de Isla Negra, au bord du Pacifique : « Devant, la tombe du poète regarde les vagues. Maman a posé dessus des fleurs rouges. Ils sont dessous, lui et Matilde sa Chascona ».
Le grand jour arrive enfin : l’écrivaine est là, en chair et en os, dans la classe. Une grande dame qu’on ne peut imaginer que sous les traits de Simone Salgas qui fit, il y a 20 ans, un voyage au Chili. Elle passe en revue les textes qui racontent sa vie passée à la moulinette des élèves. A un moment, elle demande à Lorita si elle n’est pas sorcière car « comment as-tu fait pour trouver ce détail sur moi dont je ne parle jamais et que presque personne ne remarque ». Et Lorita serre contre elle son manuscrit, comme le fit sans doute la jeune Simone Salgas lorsque, il y a bien longtemps, elle travaillait à ce « Goupil » qui révéla son art de transformer la vie en roman pénétrant. Et la magie opère toujours.

Bernard Revel

Simone Salgas qui vit à Narbonne, a notamment publié depuis son  premier roman « Le Goupil » (1969) : « La Toupie », « L’Heure bleue », « Lilou », « La Laminaire », « L’Hortensia », ainsi que des recueils de poésie, des nouvelles, des contes et plusieurs pièces de théâtre.

Lire dans ce blog deux autres articles consacrés à Simone Salgas : « Mon goupil » et « La touche Salgas ».

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