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Publié par Christian Di Scipio

Le réveil de la France oubliée par Anthony Cortes
(Editions du Rocher,160 pages,14,9O €)

Le journaliste catalan Anthony Cortes a parcouru la France des campagnes qui se meurent depuis des décennies dans l’indifférence des gens de pouvoir. La situation est grave, mais pas désespérée. Enquête.

Journaliste à Marianne, Anthony Cortès, originaire de Millas dans les Pyrénées Orientales, a sillonné l’Hexagone à la rencontre des habitants de ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les territoires ». Ce mot, utilisé à tout bout de champs (c’est le cas de le dire) par les politiques, désigne les habitants des campagnes qui se sentent abandonnés.
Ces Français éloignés des centres urbains voient en effet, depuis des décennies, le pouvoir parisien les priver des services publics, des centres de soins, des écoles et des lieux de rencontre. L’auteur nous renvoie à ce que souligne Jerôme Fourquet dans L’Archipel français, à savoir que le départ d’un bureau de poste est ressenti par les habitants comme le coup de grâce dans la lente agonie de leur cadre de vie. Une population qui connaît un taux de pauvreté plus fort que partout ailleurs (plus du double par rapport aux banlieues) et une moyenne d’âge très élevée.  « L’image de mouroirs colle à la peau des campagnes », nous dit Anthony Cortes.
Ces nouveaux territoires perdus de la République ont été longtemps oubliés des médias et de la classe politique jusqu’au mouvement de révolte des Gilets jaunes. Les ruraux n’ont pas le monopole du mal vivre, les banlieues des grandes villes souffrent elles aussi. Mais ces zones urbaines, au contraire des campagnes peuvent être des « tremplins » selon le sociologue Dominique Morin cité par l’auteur, grâce à la densité des équipements dont ils jouissent et aux opportunités d’emplois. Cela alors que dans les zones rurales on vit non seulement avec la peur du lendemain, mais aussi du présent.

Une enquête de terrain. Un des intérêts du travail de Cortes est de confronter les travaux des sociologues, des géographes ou des journalistes avec ce qu’il voit aujourd’hui sur le terrain. De quoi constater que les alertes sur la mort annoncée du monde rural n’ont pas manqué. Mais, comme pour tant d’autres problèmes, nos gens de pouvoir ont préféré regarder ailleurs. Résultat : la révolte les Gilets jaunes. Leur mouvement spontané, désordonné, récupéré, a mis en panique tout l’establishment. Il prend naissance sur les réseaux sociaux en 2017 avant de s’éteindre avec les restrictions de circulation dues à une pandémie salvatrice pour nos gouvernants. Ce réveil jaune renaîtra-t-il, retrouvera-il ce qui avait motivé ceux qui au milieu des ronds-points avaient « décidé d’exister » selon une "GJ" de la première heure.
En attendant cette hypothétique reprise des manifestations, les ruraux se retroussent les manches et se mobilisent pour redonner vie à la ruralité.
 

L’auteur dresse un vaste tableau des actions entreprises dans les « territoires » pour inciter des entreprises et des agriculteurs à s’installer, pour créer des circuits commerciaux courts, pour faire renaître les commerces disparus et rouvrir le café du village fermé depuis des lustres.
Suite à ces rencontres, il décrit l’imagination débordante de ces militants du monde rural, leur engagement et surtout leurs réussites. De quoi nourrir bien des espoirs et susciter des vocations. Et pourquoi pas l’intérêt des citadins, de plus en plus nombreux à être attirés par la vie à la campagne. Ils peuvent trouver leur place dans les villages à condition de jouer le jeu de l’intégration. « Il faut qu’autochtones et nouveaux arrivants vivent ensemble et non pas seulement côte à côte », insiste Anthony Cortes. L’échec de ce rajeunissement serait que ces nouveaux ruraux ne s’impliquent pas vraiment dans la vie des communes. La bonne attitude est celle de Jean-François nouveau retraité qui s’est installé dans un village du sud de l’Aveyron : « Ici, on prend le temps de discuter, des liens se sont tissés même si on n’a pas forcément les mêmes références. En fait, après avoir partagé tant de bons moments, on n’a qu’une envie : s’engager pour le village ». Oui c’est ça l’avenir…

Christian Di Scipio

 

Légendes illustrations (de haut en bas)
1. Anthony Cortes, 30 ans, originaire de Millas. 
© (Photo Mario Jort)
2. La défense de l’école, une priorité de la France rurale, comme ici à Cahus dans le Lot.
3. Une épicerie multiservices a vu le jour à Sannat dans la Creuse.
4. Construction d’habitations bioclimatiques au Hameau des Buis en Ardèche.

 

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