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Publié par Sylvie Coral

Balade islandaise au bout de la nuit

"L'Embellie" d'Audur Ava Olafsdottir. Née en 1958 à Reykjavik, Audur Ava Olafsdottir a suivi des études d’histoire de l’art à Paris. Elle est actuellement maître-assistant d’histoire de l’art à l’Université d’Islande. Son troisième roman «Rosa Candida » a été salué par la critique et plusieurs fois primé.

(Editions Zulma, 395 pages, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson)

« Beaucoup d'événements lourds de conséquences peuvent advenir dans la vie d'une femme en moins d'une journée. La plupart des erreurs se font en un instant, se mesurent en secondes, mauvais virage, pied sur l'accélérateur au lieu du frein, ou l'inverse. Les erreurs sont rarement le résultat d'un enchaînement de décisions logiques ; par exemple, une femme peut être à un cheveu d'aimer absolument, être même à l'extrême bord, sans y avoir réfléchi une seule minute. » (p. 250-251) .

"L'Embellier", c’est l’histoire toute simple, délicate et subtile, du road trip d’une jeune femme de trente-trois ans fraîchement plaquée par son mari, et d’un garçonnet handicapé de quatre ans, Tumi.

Nous sommes en Islande, en plein mois de novembre, alors que les longues nuits ne sont entrecoupées que de lueurs fugitives. La narratrice, polyglotte et traductrice, vit de corrections d’articles et textes divers. Elle n’a pas d’enfant. D’ailleurs, elle ne saurait pas comment s’y prendre. Et pourtant, son amie Audur, mère célibataire un peu déjantée, lui confie provisoirement, sans vraiment lui demander son avis, son petit garçon sourd, myope et somnambule. Elle doit bientôt être hospitalisée pour accoucher de jumeaux.

Au même moment, notre héroïne gagne à la loterie et s’offre un chalet d’été à l’est de l’île. Sans se poser de questions, elle consent à prendre Tumi en charge et décide de faire le tour de l’île avec lui, en voiture. Au fil des kilomètres, des péripéties et des rencontres, ces deux êtres vont se rapprocher, apprenant peu à peu à communiquer, car « il existe un monde au-delà des mots ».

Dans ce roman, nous sommes bien éloignés de nos climats tempérés, si propices à la culture obsessionnelle de nos états d’âme. Les blessures que l’on devine chez ces deux personnages guérissent sans intellectualisation, peut-être même grâce à l’absence d’intellectualisation. Le slogan Hakouna matata, qui signifie « T’en fais pas » en swahili, les accompagne – et nous aussi – durant les six semaines que dure leur périple.

"L'Embellie" est un roman tendre, drôle et rafraîchissant. C’est aussi un voyage fascinant et poétique en terre d’Islande, froide et blanche, bouillante comme ses geysers.

Sylvie Coral

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