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Publié par Sylvie Coral

Annie Duperey : et roule poupoule

"Le poil et la plume" d'Annie Duperey.

(Editions du Seuil, 170 pages, 20 euros)

Disons-le simplement : dressée sur ses ergots, la moitié de la planète se prend le bec et nous finissons même par ne plus savoir qui, de la poule ou de l’œuf, a bien pu commencer. Pendant ce temps, l’autre moitié caquette vainement en gonflant le jabot.

C’est drôle quand même, nous empruntons beaucoup au peuple des gallinacés, jusqu’au vocabulaire par lequel nous le dépeignons. Mais que savons-nous vraiment de lui ?

Anny Duperey nous convie dans sa magnifique Creuse, d’où l’on peut contempler autant d’étoiles que dans le désert, pour nous ouvrir les portes de son poulailler. Que va-t-on y faire, me direz-vous, des choses plus importantes nous attendent, n’est-ce-pas ? Elle est là, l’erreur. En nous invitant à regarder au ras du sol, l’auteur nous rouvre une porte, celle de la curiosité enfantine pour les choses que nous pensions reléguées aux archives. Et on en apprend, des choses. Saviez-vous qu’il ne faut jamais laver les œufs ? Saviez-vous que le coq est un bon père de famille et pas seulement un coureur de jupons ? Saviez-vous que les poules ont désappris à couver ? Comment ça ? ben oui, ê sav’ pu, figurez-vous ! Saviez-vous que ces « personnes animales » n’ont pas la sottise qu’on leur prête ?

Evidemment, ce livre au style délicieux dépasse le simple manuel du parfait fermier. Anny Duperey, talentueuse actrice, n’en est pas à son premier ouvrage. « Le poil et la plume » résonne de ce qu’elle nous a déjà livré d’elle, notamment dans « Le voile noir » (1992). Elle nous suggère que la vie n’a pas besoin de GPS pour tracer sa route. Le plus souvent, si on a de la chance, elle nous guide jusqu’au point de départ et tout s’éclaire.

Ce récit ressemble à son auteur : plein d’humour et de charme, frais, léger et grave à la fois, humble mais direct. Il fait provisoirement oublier l’affolement du monde et son climat anxiogène. Bravo l’Anny.

Sylvie Coral