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Publié par Christian Di Scipio

HUMEUR.   Aussi cons que les Blancs

Nicolas Bedos (Photo Thomas Samson/AFP).

Rien de ce qui est lecture n'est indifférent au Vendangeur Littéraire. S'il trouve le plus souvent son plaisir dans les livres, il lui arrive aussi de grappiller dans quelque article de presse des raisons d'aimer, de s'indigner ou carrément de se mettre en colère.

Christian Di Scipio réagit ici aux attaques subies par l'humoriste Nicolas Bedos à la suite d'une chronique parue en décembre dans Marianne.

Jadis, Montesquieu philosophe et ardent défenseur de la cause des Noirs réduits à l’état de bêtes de somme dans les possessions lointaines du royaume de France avait usé de l’ironie pour renvoyer les esclavagistes à leur cruauté et leur égoïsme. En 1748, dans « L’Esprit des Lois », il feignait de reprendre à son compte les arguments de ses adversaires pour mieux en démontrer la sottise et l’inhumanité. Quelques années plus tard, Voltaire dans son « Candide » dénonçait le sort faits aux Noirs d’Amérique, sur le même ton provocateur. C’est ce qu’on appelle du second degré, une tournure d’esprit qui fait défaut à ceux qui en manquent précisément.

Le procédé n’est donc pas nouveau et nombre d’humoristes en ont usé ces dernières années, surtout les meilleurs : Guy Bedos, Coluche et Pierre Desproges. Mais, malgré tout leur talent, ils n‘échappaient pas à l’incompréhension. Ainsi, quand Guy Bedos dans « Marrakech » campe un beauf raciste qui s’inquiète que le pilote de l’avion dans lequel il embarque soit un Arabe et qu’il y ait un nombre incroyable de Maghrébins au Maroc, un pays où « même le roi est arabe », il reçoit des lettres d’encouragement et de félicitations de ceux-là même dont il stigmatisait la xénophobie imbécile. Pour éviter toute ambiguïté, Guy Bedos et Sophie Daumier eurent beau surjouer le couple de cons franchouillards colonialistes, ils pouvaient bien faire précéder leur entrée sur scène par une voix off indiquant que leur sketch était une charge antiraciste, rien n’y fit : on interprétait trop souvent tout à l’envers. « Certains soir, se souvient Guy Bedos, pendant et après le spectacle, j'entendais des rires et des commentaires qui me faisaient mal. Genre : "Qu'est-ce que tu leur mets, aux ratons!". Je me consolais en me disant qu'heureusement une bonne partie de la salle me recevait cinq sur cinq, mais ce nuage de malentendus, c'était encore trop. J'avais pourtant mis le paquet pour aller à l'évidence, j'ai eu beau multiplier les explications, les justifications, les interviews à la radio, à la télé, ça devenait chiant, ce malaise, à la fin. Des types venaient m'attendre dans les couloirs du théâtre, d'autres qui avaient attrapé le sketch au vol dans une émission m'écrivaient. Furieux, peinés. Et moi donc! Je leur parlais, je leur répondais, longuement. Il semble que j'ai réussi pour la plupart à les convaincre. Mais le cœur n'y était plus. J'ai laissé tomber.»

Pour revenir à Montesquieu, il est bien possible qu’un lecteur avec un QI de footballeur professionnel de Ligue 1 ne voie rien d’autre que du racisme primaire dans la phrase « le sucre serait trop cher si on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves » sans en apprécier le cynisme outré. De même, qu’un lecteur pressé ne verrait pas l’ironie contenue dans cette autre phrase : « De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ». Ce n’est pas un intellectuel cynique ou un raciste invétéré qui dit cela, mais un penseur qui a toujours défendu les Noirs et qui avait pris la précaution d’écrire en préambule de son texte, « si j’avais à défendre l’esclavage, voici ce que je dirais ».

Vous me rétorquerez que tout le monde ne se souvient pas de la première phrase d’un texte quand il attaque la deuxième ou la troisième. Alors quoi ! il faudrait écrire pour être compris par Franck Ribéry, par les Chtis à Mykonos, les admirateurs de Nadine Morano, le conseiller culturel de Jean-Marc Morandini, un député socialiste catalan, le barbier de Matthieu Kassovitz, le maître de chant de Christophe Hondelatte, le dernier mari de Carla Bruni ou les intellectuels tchétchènes membres du fan club de Gérard Depardieu ?

Et pourquoi pas aussi pour les lecteurs de la chronique hebdomadaire de Nicolas Bedos dans Marianne intitulée « Journal d’un mythomane » ? Non, là je déconne comme dirait Nico qui a reçu en héritage de son père un sens de l’ironie dévastateur.

Et comme papa, le petit Nicolas n’est pas toujours compris des imbéciles. Il vient de se faire attaquer en justice par un collectif Théodule nommé CollectifDom (avec une majuscule au milieu du mot pour faire vachement américain) qui s’estime injurié. L’objet du délit : une chronique parue dans le numéro 815 de Marianne en date du 1er décembre dans lequel Nico y raconte ses vacances aux Antilles. On retrouve sous sa plume incisive la caricature des gens en villégiature tendance droite dure et des sales gosses de riches : rien de bien nouveau sous le soleil, mais c’est amusant tout de même. Pour faire bonne mesure, il met dans la bouche d’un chauffeur de taxi guadeloupéen des propos moqueurs pour les Blancs qui viennent oublier leur stress dans son beau pays. Comme Bedos n’est pas du genre à se dégonfler, il fait de ce brave descendant d’esclave l’archétype même du Noir feignant, assisté et gros niqueur, tel que les certains Français de Métropole le voient dans leur imaginaire. Et pour aller jusqu’au bout de la provoc’, Bedos conclut son récit par « Enculé de Nègre ». Un peu comme Coluche reprenant à son compte le fameux « Salauds de pauvres » lancé par Gabin dans « La traversé de Paris », le film de Claude Autant-Lara.

Ce type d’humour bien de chez nous a fait les beaux jours de Hara-Kiri, devenu par la suite Charlie Hebdo qui titrait « Les pauvres sont des cons ! ». Dans le même ordre d’idée, la phrase « Toutes des salopes, sauf maman ! » dont on ne sait plus très bien qui en est à l’origine, rend tellement ridicule l’homme à qui l’on prête ses propos qu’elle est en soi une condamnation ravageuse des machos. Marre de toutes ces petites têtes du premier degré qui ne comprennent pas Voltaire, Vian, Desproges ou les Bedos ! Basta de ces associations en tout genre qui défendent les agents immobiliers honnêtes, les chefs d’entreprises pressurés par les impôts, les femmes de militaires indignées que leurs maris partent à la guerre, les escrocs prospères devenus patrons de presse, les féministes à l’affût du moindre écart de langage comme le chasseur de grand gibier à la sortie d’un zoo. Ras le bol pour finir des associations qui font transpirer le burnous à des gens plus intelligents qu’eux. Et ça fait du monde !

On aimerait presque que ces balourds se soient lancés dans la procédure contre Nicolas Bedos juste pour se rendre intéressants et se faire de la pub, et non pas parce qu’ils sont sincères. Car comme le disait un personnage d’Audiard : « Je préfère les salauds aux cons, au moins les salauds ils prennent des vacances. »

Allez les Noirs de France et de Navarre, encore un petit effort et bientôt vous serez aussi cons que les Blancs.

Christian Di Scipio

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windows support tools 22/11/2013 10:28

Books are great sources of information and in addition, it is also an entertainer. It is not possible for everyone to develop a good reading habit and it come only by interest. For me, reading controversial news like attacks on celebrities attracted me always and thanks for sharing that news over here.