Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Henri Lhéritier

Marie NDiaye rallume le feu de la littérature

"Ladivine" de Marie NDiaye. Née en 1967 à Pithiviers (Loiret), Marie NDiaye a obtenu le prix Goncourt en 2009 pour "Trois femmes puissantes".

(Gallimard, 400 pages). Photo Catherine Hélie/Editions Gallimard.

Marie NDiaye est une femme puissante. Elle narre des destinées humaines qui pourraient être banales mais que son écriture, tour à tour vertigineuse, somptueuse, ou économe rend fortes, denses, saisissantes et que son art du récit inscrit dans l’histoire de la littérature.

"Ladivine" nous réconcilie avec le contemporain. Ainsi on peut encore subir des commotions littéraires comme nous les donnent les grandes œuvres du catalogue, le plus souvent réduites au passé celles-ci, habillées de cuir et d’or parce qu’on ne saurait plus en écrire de telles, et toujours à portée de main car elles servent d’antidote, ainsi un roman d’aujourd’hui peut encore nous brûler, ah ! ce n’était donc pas fini, il n’était pas éteint, il n’était pas enterré sous la mode, la dérision, le miroir de soi, le subconscient égoïste, la vanité, la cuistrerie, ce souffle incandescent de l’écriture qui nous met en transes. Ces émotions que Dostoïevski, Conrad et tant d’autres nous ont communiquées dans l’ardeur de nos nuits de veille peuvent à nouveau nous toucher, il bougeait donc encore le cadavre de la littérature et quelqu’un a retrouvé le secret de sa flamme, en frottant l’un contre l’autre des mots entre ses mains.

Marie Ndiaye a allumé le feu. Et ce n’est pas qu’une chanson.

Je ne suis pas en train de dire mon enthousiasme, j’écris seulement la réalité, je tente d’exprimer le bouleversement que les lignes de Ladivine peuvent communiquer à un lecteur. Elle existe derechef cette fébrilité du type se rongeant les ongles, qui se dit, encore une page, encore une, avant de refermer le livre et qui, une fois fermé, l’ouvre à nouveau, parce qu’il ne peut l’imaginer qu’ouvert, allez quelques pages de plus, s’octroie-t-il, parce que la poussée de ce fleuve en crue l’emporte, tête en haut, tête en bas, vers des rivages inexplorés. L’avais-je déjà connue cette exaltation en ouvrant un roman moderne ? Revivrai-je une autre fois l’omniprésence d’un livre qui vous manque dès que l’on ne l’a plus sous les yeux.

Ladivine fut pour moi un éblouissement. J’en fais trop ? Je suis trop lyrique ? Emphatique? Trop zélé. Pourquoi pas ? Je m’en moque, nous avons d’ordinaire si peu de raisons de l’être.

Bien sûr les thèmes que l’on rencontre dans Ladivine sont les mêmes depuis que la littérature existe, l’amour, la mort, les communications difficiles, les destins douloureux, les timidités familiales, les tragédies, les fautes originelles qui ne s’effacent pas, les faiblesses, les mensonges, les rachats qui vous fuient, cette imprégnation des filiations que l’on refuse ou qui vous obsèdent, cette quête métaphysique des origines, tout a déjà été dit, la littérature n’invente pas, elle imagine seulement le réel mais elle surgit en tempête lorsque ce qui est écrit sous nos yeux n’avait jamais été dit de cette façon, sur ce ton-là, avec un tel art.

Marie NDiaye y ajoute ce qu’elle sait faire à la perfection, le mystère qui, chez elle, confine à la magie et qui n’ôte rien au réalisme de son œuvre.

Je m’en voudrais d’en rajouter, de dévoiler quoi que ce soit, sauf qu’il faut lire ce livre pour sa splendeur, pour ses évocations, pour les images qu’il renferme tour à tour violentes, ou apaisées, pour éprouver, pour ressentir et pour se rassurer comme moi sur la permanence de la littérature.

Marie NDiaye a obtenu le prix Femina pour "Rosie Carpe", le prix Goncourt pour "Trois femmes puissantes", avec "Ladivine", elle monte encore d’un cran. Resterait-il un prix qui récompenserait toute son œuvre et qu’elle mérite ?

Oui, sans doute !

Henri Lhéritier

Commenter cet article

Sylvie 20/04/2013 16:26

Des phrases en boucle, un style unique, hypnotique, presque trop labyrinthique parfois, et une histoire envoûtante de malédiction familiale. On sort indemne de ce roman magnifique, bien sûr, mais bien secoué.

Henri 21/02/2013 17:15

Bien entendu Bernard, mais tout le monde sait que le prix des Vendanges littéraires est un marche pied pour le Nobel!

Bernard 21/02/2013 16:58

Le prix unique pour les livres : encore un mythe. Ailleurs, je l'ai trouvé à 21,50 euros. Je pense que Marie NDiaye n'y est pour rien. Le mieux, me semble-t-il, est de supprimer toute indication de prix. Nous, ce qui nous intéresse, ce sont les prix littéraires. D'ailleurs, quand tu fais allusion à la récompense qu'elle mérite, c'est bien au prix des Vendanges littéraires que tu penses, n'est-ce pas ?

Henri 21/02/2013 10:25

Hé, Bernard, 18,50 euros?
J'ai payé mon exemplaire 20, 50 euros. Me serais-je fait avoir? La fameuse magie Marie NDiaye?
Bien choisie l'illustration! On sent le spécialiste.