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Publié par Carole Vignaud

Que faire avec une Marilyn en sweet rose ?

"Dolfi et Marilyn" de François Saintonge. L'illustration est de Beb Deum. Elle a paru dans Le Monde des Livres.

(Editions Grasset, 288 pages, 19 euros)

Ne cherchez pas qui est François Saintonge. Grasset explique en quatrième de couv' qu'il s'agit d'un pseudonyme et que « l'auteur a fait le choix de l'éloignement. » Dommage car ce roman d'anticipation se lit avec grand plaisir. On y retrouve la patte d'un Patrick Cauvin (s'il n'était pas définitivement « éloigné », j'aurais parié sur lui) : une histoire bien construite autour d'une idée astucieuse.

Dans un futur proche (2030), le clonage humain a été autorisé essentiellement à but récréatif. Et sous certaines conditions. Vous pouvez ainsi vous offrir (il faut malgré tout en avoir les moyens), le clone d'un personnage historique à conditions qu'il ait laissé une trace de son patrimoine génétique et qu'il soit mort depuis plus de 70 ans. Mais comme dans toute activité humaine et commerciale, il y a des dérives. Donc des clones pirates.

Un professeur d'Histoire à la Sorbonne, spécialiste de la Seconde guerre mondiale, va en faire les frais lorsque son ex-épouse gagne dans un supermarché un « Adolf Hitler » (le numéro 6), personnage pourtant prohibé, et l'offre à leur fils dont il a la garde. Fort peu aventureux, et plutôt casanier, il ne songe pas un instant à garder cet encombrant cadeaux. Il va donc tout faire pour s'en débarrasser au grand dam de son jeune fils, très content de son nouveau jouet. Mais, le professeur va s'apercevoir que l'on ne se sépare pas d'un clone interdit aussi facilement que cela. Et de deux encore moins. Car le malheureux hérite bientôt de la Marilyn de son voisin, victime d'un AVC. S'il peut s’accommoder, sur un plan moral, de faire peindre à Dolfie le portillon du jardin, que faire avec une Marilyn en sweet rose et jean moulant ? Nombreux sont ceux qui ont la réponse. Mais notre professeur a des principes. Et il se pose de nombreuses questions : le clonage est-il une nouvelle forme d'esclavagisme ? Que pense un clone ? Que sait-il de sa condition d'être multiple ? Elévés en batterie en très peu d'années, les clones arrivent à maturité (prêt à être mise sur le marché) avec l'âge mental d'un enfant de 12 ans. Sauf que, contrairement à un enfant de 12 ans, leur unique « savoir » est l’obéissance. Notre professeur est bien ennuyé.

Ce roman d'anticipation amusant ouvre de nombreuses pistes des réflexions mais ne va pas vraiment au bout de son idée ; et n'échappe pas aux divers poncifs sur l'inné, l'acquis, et les vrais maitres du monde. Reste un bon après-midi de lecture en compagnie du professeur Tycho Mercier.

Carole Vignaud

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