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Publié par Vendanges littéraires

Anne Wiazemsky : l'année Godard

"Une année studieuse" d'Anne Wiazemsky.

(Editions Gallimard, 262 pages, 18 euros)

Si, le plus souvent, les vraies rencontres sont le fruit du hasard, rien ne nous dispense de le forcer un peu. C’est ce que fait la toute jeune Anne Wiazemsky, lorsqu’elle décide d’approcher l’homme qui la fascine. « Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard, adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8ème. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. »

L’auteur relate l’histoire vraie de son amour avec le célèbre cinéaste, de dix-sept ans son aîné.

La tentation est forte de refermer le livre au bout des trente premières pages. Un rapide coup d’œil à la couverture nous permet de vérifier le nom de l’éditeur. Non, il ne s’agit pas d’une célèbre collection à l’eau de rose, essayons de persévérer.

L’intérêt du livre se révèle alors, petit à petit, de sorte que l’on ne peut faire autrement que d’aller au bout.

Anne W. restitue avec précision, comme au cinéma, l’atmosphère de la fin des années soixante, celle qui précède le célèbre mois de Mai, dans un Paris en pleine ébullition intellectuelle et sociale. Elle nous fait revivre cette époque où le père incontesté (ici, le grand-père, François Mauriac) donnait le « la » d’une morale qu’il inculquait à la baguette, relayé par une mère-épouse scrupuleuse. Elle nous ramène à ce temps où la contraception était prescrite sous le manteau, où les très jeunes femmes faisaient parfois l’amour, mais la peur au ventre.

Plus de quarante ans après, l’auteur nous donne à voir la jeune fille qu’elle était, telle qu’elle était, comme si elle l’était encore. Elle décrit l’ambiguïté du rapport amoureux, la confusion des sentiments, l’absence de recul, tels qu’on les a tous éprouvés à l’aube de l’âge adulte. Elle n’enjolive rien, ne dramatise rien. Cette absence totale de distance, sans doute voulue parce que nécessaire à l’incarnation de la narratrice, a cependant son revers de médaille : l’absence d’humour. C’est sans doute ce qui fait le plus défaut à ce roman parfois un peu pâle.

Nous croisons, sur les bancs de Nanterre, un Fond-de-Culotte révolutionnaire, Dany le Rouge. Il apporte déjà une touche de couleur et une sonorité flamboyantes. Il n’a donc pas changé.

Au-delà de l’histoire d’amour autobiographique qui sert de trame à ce livre, on apprécie cette plongée dans l’époque de la Nouvelle Vague, si proche et déjà si lointaine, et on se laisse porter.

Sylvie Coral