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Publié par Sylvie Coral

Un divorce, trois voix et Tom qui ne dit rien

"Que nos vies aient l'air d'un film parfait" de Carole Fives.

(Editions Le Passage, 120 pages, 14 euros)

Nous sommes dans les années 80. Mitterrand est président, Gainsbourg enflamme un billet de 500 francs, Benny Hill fait rire sur commande le dimanche soir, la queue de cheval de Lio sautille au rythme des « Amoureux Solitaires ». Le divorce devient monnaie courante mais la garde alternée, les téléphones portables et le courrier électronique ne sont pas encore là pour en aménager le quotidien.

Les parents de Tom, petit bonhomme de huit ans, annoncent le leur aux deux enfants, en pleine chasse aux œufs de Pâques. « Car c’est sûr, c’est bien ça, le père répète « nous allons divorcer », ou « nous allons nous séparer ». Tu ne sais plus exactement si c’est « divorcer » ou « séparer », tu retiens juste l’idée principale, qui est que pour toi, le monde s’écroule. »

L'histoire est racontée à trois voix. Celle du père, attentif et malheureux, qui tente d’expliquer sa décision. Celle de la mère, dépressive et toxique, qui condamne sans appel. Et puis celle de la grande sœur de douze ans, emprisonnée dans un pervers conflit de loyauté. Chacun livre avec ses mots sa version de l’éclatement du noyau familial.

C’est la voix de la grande sœur qui nous interpelle. Elle s'adresse directement à Tom, en pensée, quelque vingt ans plus tard. Consciente d'avoir été instrumentalisée par la mère, persuadée d'être responsable de l'éloignement géographique du petit frère, elle est rongée par la culpabilité.

Tom, lui, ne dit rien. Est-il résilient ? A-t-il délibérément oublié ? Chaque lecteur sera libre de conclure.

L’auteur traite, sans démonstrations pesantes, des chausse-trappes de la vie : le malentendu, le non-dit, le remords, l'oubli et son jumeau le déni. Le ton et le style sont justes. C’est un roman sensible sans être larmoyant, qui parle aussi, mais pas seulement, d’un sujet finalement peu traité : l'amour fraternel.

Carole Fives a déjà publié aux éditions Le Passage, en 2010, « Quand nous serons heureux », un recueil de nouvelles très favorablement critiqué.

Sylvie Coral

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Ath. 10/04/2013 15:19

Je viens de terminer ce livre, il a duré l'espace d'une longue soirée... et j'ai été surprise par sa tonalité. C'est à la fois poignant, d'un réalisme étonnant et je dirai que c'est aussi une belle réflexion sur la famille. Sur ce qu'elle est devenue à présent, avec ces divorces qui semblent aller de soi dans bien des cas. On prend la mesure des dégâts, dans cet ouvrage... et j'en ai particulièrement apprécié la fin.