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Publié par Vendanges littéraires

Philippe Georget : un uppercut de talent

"Le paradoxe du cerf-volant" de Philippe Georget, prix Coup de foudre 2011 des Vendanges littéraires de Rivesaltes.

(Editions Jigal, 320 pages)

Philippe Georget sait créer des personnages attachants et hors norme. Dans son premier roman « L'été tous les chats s'ennuient », le héros était un flic travaillant à Perpignan, un brin flemmard et terriblement amoureux de sa femme. Tellement attachant que le lecteur, lui aussi feignant, l'aurait bien retrouvé dans une enquête informelle entre Cabestany et Prats-de-Mollo. Et bien non. Trop facile. Exit Gilles Sebag (dit monsieur il pourra revenir un jour ?)

«Le paradoxe du cerf-volant » s'ouvre donc sur un KO. Celui de Pierre, 27 ans, qui fut un jeune champion plein d'espérance mais qui semble aujourd'hui devoir faire des choix de fin de carrière finalement peu glorieuse. Alors pourquoi pas servir de gros bras pour le copain d'un copain croate (ou serbe) ? Il ne sait pas trop Pierre. Comme nous tous, Mais ce qu'il sait c'est qu'il n'aime pas ce qu'on lui a fait faire...

Là, l'amateur de polar se dit : OK. « Le monde de la boxe, des tueurs serbes, une mafia croate, je suis en terrain connu. Je sais où l'on va. On me le fait pas ». Mais c'est sans compter avec Georget qui ne va jamais où le lecteur l'attend au tournant. Tel un Cassius Clay moderne, il « pique comme l'abeille » l'attention de son lecteur. Jamais en place, il cogne fort sans jamais s'appuyer sur la corde du pathos.

L'histoire de mafia (bien réelle) explose dès la reprise du round 6 de la première rencontre. Cette affaire sera sûrement plus complexe qu'il n'y paraît. Et le match ne s'arrêtera pas avant la limite.

Car Pierre trimballe un passé d'enfant placé en foyer d'accueil un brin brouillé. Comment un fils de diplomate se retrouve à 27 ans à faire le coup de poing avec pour seules attaches « familiales » des patrons de bistro parisiens anarchisants et un chauffeur de taxi qui se dit encore Yougoslave et pourrait être son père ? Georget distille des éléments d'informations à bon escient. Son Pierre est tout autant perdu que nous dans cette enquête qui le replonge dans les années 90. Pierre avait alors 10 ans. Un père qui effectuait des missions diplomatiques dans un pays écartelé où des massacres de civils se reproduisaient régulièrement dans un silence assourdissant. Victimes, bourreaux poursuivent aujourd'hui des luttes qui semblent parfaitement absconses dans les rues de Paris.

Le père de Pierre (et sa petite sœur) sont-ils bien morts dans un accident de la route, comme Pierre préfère le laisser croire ? Et où est sa maman ? Tout comme la fameuse Sarah avec qui Pierre a cru pouvoir recréer une structure familiale. Le héros de Philippe Georget est attachant car il cherche aveuglément à créer des liens. Ces fameux liens qui sont le paradoxe du cerf-volant : au premier abord, ils semblent là pour l'empêcher de grimper au plus haut du ciel alors que leur véritable fonction est d'éviter à l'engin de s'écraser au sol. Et Pierre manque cruellement de liens.

Carole Vignaud