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Publié par Sylvie Coral

Jim Fergus : une peinture sensuelle des années folles

« Chrysis » de Jim Fergus.

Roman – 277 pages - Editions du Cherche Midi – janvier 2013

On ne peut parler du roman lui-même sans avoir évoqué son auteur et le contexte dans lequel ce livre est né. L’histoire est totalement romancée, mais elle s’appuie sur des êtres ayant existé. Ils sont les personnages d’un tableau sur lequel Jim Fergus et sa compagne sont tombés par hasard, en 2007, chez un antiquaire niçois. Il s’agit d’une œuvre de Chrysis Jungbluth, datant de 1925, représentant une scène d’orgie aussi joyeuse qu’éhontée.

Dans son avant-propos, Jim Fergus décrit les conditions dans lesquelles il s’est finalement procuré ce tableau. Dire qu’il a acquis cette œuvre par amour pour plus tard en faire un roman d’amour est un raccourci plausible.

Jim Fergus est né à Chicago en 1950, d’une mère française et d’un père américain. Il s’exprime en français mais n’écrit qu’en anglais. « Chrysis » est son quatrième roman, après « Mille femmes blanches » (2000), « La fille sauvage » (2004) et « Marie-Blanche » (2011). Orphelin à seize ans, il poursuit ses études, enseigne le tennis en Floride, devient chroniqueur dans différents magazines. Profondément épris de littérature, il quitte la Floride vers l’âge de trente ans puis s’installe dans le Colorado et se passionne pour la culture indienne.

A priori, rien ne permet d’imaginer rencontrer un jour Jim Fergus, avec ses bottes de cow-boy, son regard doux et son petit carnet noir, rue Mailly à Perpignan, au second étage de l’irremplaçable librairie Torcatis. La vie et l’espace prennent eux aussi, parfois, des raccourcis inattendus et inexplicables.

Jim Fergus : une peinture sensuelle des années folles

Eté 1917, Colorado. Bogard Lambert, dix-sept-ans, enfourche son cheval Crazy Horse pour gagner l’est et embarquer pour l’Europe, où la guerre fait rage. Savoir qu’il a des ancêtres français lui suffit pour quitter le ranch familial et rejoindre la Légion, idéalisant à la fois la cause et le combat. Dans le même temps, à Paris, la petite Gabrielle Jungbluth s’exerce au dessin sous l’œil aimant de son colonel de père. A dix-huit ans, cette jolie et impertinente jeune fille entre à l’atelier féminin de peinture de l’école des Beaux-Arts, sous la direction de Jacques Ferdinand Humbert, ancien professeur de Georges Braque, qui décèle vite son talent. Elle adopte le surnom de Chrysis qui deviendra son nom d’artiste.

C’est dans le Montparnasse des années folles que Bogey et Chrysis vont se rencontrer et s’aimer, nourrissant leur idylle de cette vie nocturne et libertine. Le tableau « Orgie », aboutissement artistique de l’éveil sensuel de Chrysis, est à la fois la clé de voûte de leur passion et un élément décisif de leurs destins respectifs.

"Orgie", le tableau de Chrysis qui a choisi ce pseudonyme en s'inspirant du livre de Pierre Louÿs "Aphrodite".

"Orgie", le tableau de Chrysis qui a choisi ce pseudonyme en s'inspirant du livre de Pierre Louÿs "Aphrodite".

Jim Fergus nous conte là une très belle histoire, qui contient à n’en pas douter tous les ingrédients nécessaires à une adaptation cinématographique. Cependant, il explique lui-même avoir volontairement pris le parti d’une narration simple, peu descriptive. C’est dommage. Cette superficialité délibérée ôte de la consistance aux personnages, de la profondeur à l’histoire, et rend voyantes quelques images d’Epinal, surtout dans la première partie du roman qui se densifie toutefois dans son dernier tiers. Il n’empêche, on le lit jusqu’au bout avec un réel plaisir et l’on soupire aussi.

Jim Fergus s’est procuré toutes les toiles de Chrysis Jungbluth et les a exposées à Montparnasse durant la seconde quinzaine de mai 2013, pour la faire mieux connaître du grand public.

Sylvie Coral

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