Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Bernard Revel

Retour à Oppedette de Jean-Yves Laurichesse

(Editions Le temps qu’il fait, 117 pages, 16 €)

Marcher ça peut mener loin. Loin dans l’espace, loin dans le rêve. Jean-Yves Laurichesse nous fait marcher. Plus exactement, il a l’art de nous balader. Son Retour à Oppedette nous dirige, certes, sur la trace de marcheurs, mais c’est pour mieux nous égarer.
 

Ce petit village retiré de Haute-Provence que cite René Char en épigraphe, est le point de rencontre - on pourrait dire l’épicentre - de plusieurs plaques tectoniques du destin que rien n’aurait dû réunir, l’une étant œuvre d’imagination et les deux autres se situant dans des temps différents. Et pourtant, tout s’enchaîne avec logique. D’abord parce qu’une histoire inventée porte en elle l’inconscient de son auteur et qu’il peut arriver aussi, en marchant sur les traces du passé, que la vérité éclate comme un coup de foudre. C’est, en tout cas, sur cette voie que nous entraine, sans en avoir l’air, le récit de Jean-Yves Laurichesse dont le personnage, employé aux Archives, plonge dans le tri d’anciens clichés pour effectuer un voyage dans le temps qui, dit-il, « reste pour moi le plus captivant de tous ».
Une diapositive suffit à lui rappeler une randonnée des années 80 menant à Oppedette, village fantôme où il passa un agréable séjour. Un village qu’il reconnut par la suite dans un rêve angoissant. Errant la nuit autour des maisons obscures, il s’approchait d’une fenêtre éclairée et vit une jeune femme dont le visage, face à un homme, exprimait « une sorte d’exaltation… proche de basculer dans la terreur ». Lorsqu’il raconta le rêve à Viviane, son épouse, en lui précisant le nom du village, elle lui « parut troublée ». Il s’en inspira, quelques jours plus tard, pour écrire une nouvelle qui mettait en scène la jeune femme du rêve mais ne levait pas le mystère sur son sort. Viviane, très touchée par son récit, insista pour qu’il revienne à Oppedette. Il y arriva à pied, comme autrefois, mais le village jadis abandonné avait bien changé avec ses maisons aux volets « fraîchement repeints de bleu lavande ».
Logé dans une maison d’hôtes, se demandant ce qu’il était venu faire ici, il trouvera la réponse dans le récit d’un vieux berger sur une jeune femme disparue dans les gorges un jour d’orage. Alors, s’engageant sur ses pas et surpris lui aussi par l’orage et la foudre dont le choc lui donnera la « sensation que le sol de la mémoire manque sous (ses) pieds », il comprendra ce qui le relie à elle, « comme si tout communiquait entre le présent et le passé, le rêve et la réalité ».
De roman en roman, Jean-Yves Laurichesse s’affirme comme un auteur exigeant qui explore avec limpidité les profondeurs de la pensée. Et, côté lecteur, jusqu’à la surprise finale, ça marche !

Bernard Revel

 

* Dans ce blog également, nos notes de lecture sur deux précédents romans de Jean-Yves Laurichesse : Les chasseurs dans la neige, prix Jean Morer 2017, et Un passant incertain.

* Le portrait de Jean-Yves Laurichesse est de Joëlle Senteral.
Il illustre le site de l'auteur : http://jylaurichesse.e-monsite.com/

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article