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Publié par Bernard Revel

1834-2014. Il y a 180 ans, Hokusai, « Le Vieillard fou de dessin », entreprenait la publication du premier volume de « Cent vues du mont Fuji ». Le célèbre dessinateur japonais avait alors 74 ans. Un deuxième volume parut en 1835 et un troisième en 1840. Cent deux dessins en vérité qui sont, ainsi que le note Nelly Delay dans la préface à une récente édition française, « une méditation sur la vie, l’éternité, les orages, l’espace, les choses visibles et invisibles, les trompe-l’œil, les relations de l’homme et de la nature, ce que l’on ne voit pas au premier abord et que l’esprit doit venir éclairer ».

Autre mont qui a la faculté d’élever la conscience humaine, le Canigou, maintes fois célébré lui aussi, a, grâce à l’œuvre du Catalan Jacint Verdaguer, son grand poème lyrique. Peut-être même a-t-il son Hokusai en la personne de Joseph Ribas qui, à peu près au même âge qu’avait « Le Vieillard fou de dessin », pourrait à son tour publier les innombrables vues qu’il a croquées de la « montagne sacrée », tant parcourue, décrite, aimée. Et qu’il a fait aimer à ses lecteurs.

Un Canigou que, grâce à la tempête de vent de 2009, je redécouvre de la fenêtre de mon bureau, variable comme un paysage intérieur. Il m’arrive de le photographier, le plus souvent le matin ou le soir, moments où il est le plus beau. Vers huit heures, en hiver, il est rose pendant quelques minutes. Jamais le même rose. Et le soir, je vois disparaître avec lui, en même temps que le soleil, les jours, les mois, les années. Il emporte 2013 comme il emportera 2014 jusqu’au moment où, les uns après les autres, il nous emportera.

Voici donc, inspirées du grand Hokusai, et au rythme des saisons, mes « soixante vues du mont Canigou + quelques autres.

Bernard Revel

« Les cent vues du mont Fuji » de Hokusai, éditions Hazan 2009. Les trois volumes de dessins reproduits comme dans l’édition originale avec un cahier de présentation.

« Canigou, montagne sacrée des Pyrénées » de Joseph Ribas, éditions Loubatières, 2003.

PRINTEMPS (11 VUES)

Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel
Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre.  ©Bernard Revel

Le Canigou au printemps vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel

ETE (10 VUES)

Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel
Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel

Le Canigou en été vu de ma fenêtre. ©Bernard Revel

La plus belle vue du Canigou

C’était un de ces jours de février où, gravé dans le soleil couchant, il est visible, dit-on, depuis Notre-Dame de la Garde à Marseille. Entre lui et moi, il y avait le lac. Je marche souvent la tête dans les nuages, comme on dit, sans contempler le paysage. Ça finit par lasser de voir toujours le Canigou au milieu de la figure du Roussillon. Mais l’autre jour, je l’ai bien regardé. Il n’y avait que lui et le bleu du ciel. La neige lui va bien. Elle le grossit et lui donne bonne mine. Quand il est tout blanc, on a l’impression qu’il est juste de l’autre côté du lac. C’est ici, sous le soleil du matin qu’il est le plus beau.

Alors, m’est parvenue une voix. Cela ne m’a pas étonné. On voit de tout par ici. J’ai déjà rencontré quelque promeneur dérangé parlant tout seul. Mais personne n’étant visible alentour, il m’a bien fallu admettre que le dérangé c’était moi. Etait-ce un effet de cette neige si blanche qu’elle éblouit ? J’étais au bord de l’eau et m’entendis prononcer ces mots : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qu’il n’est pas plus belle vue du Canigou que celle-ci ». Le miroir liquide n’a émis que quelques clapotis.

Je suis rentré chez moi et j’ai regardé le Canigou de la fenêtre de mon bureau. Vu d’ici, il n’est pas mal non plus. Pendant des années, un pin l’avait fait disparaître. La tempête de vent de 2009 me l’a rendu. Le pin avait frappé avec tant de violence le toit de la maison que nous avions décidé de le faire abattre. C’était un très beau pin mais il n’était pas à sa place dans ce petit coin de jardin. Il avait grandi sournoisement, cachant peu à peu la maison du voisin, le lac et, pour finir, le Canigou. Au fond, il était devenu notre ennemi. A l’époque, la perspective de voir le Canigou du premier étage avait compté dans notre décision d’acheter ce terrain. Et voilà qu’en plantant un minuscule rameau j’avais créé les conditions pour que la vue tant désirée disparaisse au bout de quelques années.

Je pense à ce que m’avait dit un jour un être cher qui se faisait de plus en plus rare. « Je suis toujours là, comme le Canigou, même si tu ne me vois pas. » Je me rends compte aujourd’hui que ça ne suffit pas de savoir que le Canigou est là. Je préfère le voir. Surtout lorsque, baigné d’une éphémère lumière rose, il apparaît comme la première promesse du matin. Est-il plus beau vu d’ailleurs ? Confucius qui a toujours réponse à tout saura sans doute m’éclairer. J’ouvre son livre au hasard et je lis : « Si un matin vous trouvez la Voie, vous pouvez mourir content le même soir ».

J’ai donc cherché la Voie. Après Thuir, j’ai pris la direction de Castelnou. Au plus haut de la route sinueuse, je me suis arrêté. Là, m’est apparu le village avec son gros château adossé aux Aspres et, posée comme une couronne, la longue crête dentelée du Canigou. Quelque chose de sauvage me touche ici. Oui, il me plait, ce Canigou-là. J’ai aperçu dans un jardin potager une femme qui arrachait de l’herbe. C’était Adrienne Cazeilles. Ça tombait bien. Je lui ai posé ma question sur la plus belle vue. Elle continua à travailler comme si elle ne m’avait pas entendu puis, se redressant, me dit : « Le Canigou c’est notre dieu tutélaire, celui que l’on guette dès que le train ou la route va aborder l’étang de Salses. » Me montrait-elle la Voie ? Quelque peu dépité, je partis en direction de Salses. A Rivesaltes, le Canigou émerge des vignes. Je décidai de m’arrêter chez Henri Lhéritier à la Maison du muscat. Après quelques verres de son « crest » ou de son « romani », ou plutôt des deux, j’osai enfin lui révéler le sens de ma quête. Je ne suis pas sûr qu’il m’ait bien compris. « Ah, les Corbières, divagua-t-il, avec quelle élégance elles finissent leur voyage. Quel art, face à la mâle présence du Canigou au sud, pour abuser de la féminité de leurs courbes, pour adoucir leurs traits, s’arrondir ici, se creuser plus loin, dévoiler une épaule, un sein, avec la grâce d’une immense odalisque aux pieds caressés par les vagues ». Je l’abandonnai à son fantasme et, tout en m’interrogeant sur la virilité du Canigou, je décidai de suivre les petites routes qui me permettaient de ne pas le perdre de vue.

C’est ainsi que je me suis retrouvé à Eus. Du haut de ce village de santons, le Canigou crève le plafond. C’est comme s’il était remonté, porté par une énorme vague. Il me semble que si je tendais la main, je pourrais caresser sa peau de neige. Il est si différent, vu d’ici. Là-bas, au lac, c’est une autre montagne. Je n’arrive pas à savoir quelle est la plus belle.

Un randonneur au pas énergique s’approche de moi. C’est Joseph Ribas. Il est allé marcher du côté de Cômes rien que pour le plaisir d’admirer sa « montagne sacrée » en redescendant. Lui, il sait, j’en suis sûr. Le Canigou n’a aucun secret pour lui. Il le regarde un moment en silence et dit, comme s’il lui parlait : « Un matin, le ciel s’était éclairé d’une rose pâleur. Nous montions à Balatg laissant derrière nous la nuit couvrir la trace de nos pas. La terre était sombre. Soudain, au détour d’un chemin, le Pic apparut trempé de lumière, si neuf, si proche qu’il nous sembla inaltérable et vierge, promis à notre conquête, comme si, sous nos yeux, le monde s’éveillait à son premier matin. A cet instant, un élan de bonheur ragaillardit nos cœurs. Nous pressâmes le pas, éblouis que tant de beauté nous rendît aussi libres et aussi vaillants. » Comme j’avais l’air ébloui moi aussi, il éclata de rire et, reprenant son chemin, lança : « Chaque Roussillonnais voit le Canigou de sa porte ».

Dieu tutélaire, mâle présence, pic vierge, il existe, je le vois bien, autant de Canigou que de regards portés sur lui. Au fond, n’en déplaise à Confucius, peu importe la Voie. Ce qui compte c’est la Vue.

Bernard Revel

Les citations sont extraites de « Alors la paix viendra » (Adrienne Cazeilles, ed. Trabucaire), « Crest et Romani » (Henri Lhéritier), « Canigou, montagne sacrée des Pyrénées » (Joseph Ribas, ed. Loubatières).

AUTOMNE (21 VUES)

Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel

Le Canigou vu de ma fenêtre en automne. ©Bernard Revel

HIVER (20 VUES)

Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel
Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel

Le Canigou vu de ma fenêtre en hiver. ©Bernard Revel

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