L’Inde fantasmée de Salman Rushdie
/image%2F0279781%2F20240422%2Fob_7125e1_salman-1.jpeg)
La cité de la Victoire. Salman Rushdie
Éditions Actes Sud, 336 pages
Cible d’une « fatwa » en 1989, Salman Rushdie, 77 ans, a été victime d’une tentative d'assassinat le 12 août 2022, attentat qui sera le thème de son livre "Le Couteau", à paraître prochainement. « La Cité de la Victoire » avait été écrite avant cette agression.
/image%2F0279781%2F20240422%2Fob_57a2dc_salman-couv.jpeg)
Muette. J’ai demandé à Chat GPT de me parler du dernier opus de Salman Rushdie. L’IA est restée muette. (*) Enfin, une bonne nouvelle en ces temps cruels : le pouvoir des mots des vivants est intact. Tout comme celui de l’imaginaire. Et l’individu Salman Rusdhie nous prouve que même borgne et manchot, il n’a rien perdu de sa puissance. Tout comme une divinité indienne, il se réinvente sans cesse. Il produit ici un texte présenté comme la traduction d’un manuscrit oublié d’une richesse et d’un humour infinis.
Le récit de la (très) longue vie de Pampa Kampana qui, après avoir vu brûler sa mère à l’âge de 9 ans suite au décès de son père, est investie d’une mission divine : créer une nouvelle civilisation.
Nous sommes dans le sud de l’Inde au XIVe siècle et d’étranges voyageurs pâlots arrivent du bout du monde. Pampa Kampana doit d’abord se libérer du joug de son mentor (un moine souvent priapique) et, après des années de silence, planter les graines d’une cité et la peupler d’individus à qui elle murmure des histoires. La déesse, généreuse, lui a octroyé 250 ans de vie pour remplir son office. Pampa Kampana a de très bonnes idées : interdire d’interdire, créer des hommes et des femmes égaux en droits, laisser chacun libre de ses plaisirs et de ses croyances… Mais même en montrant l’exemple, Pampa Kampana se heurte rapidement à la dure réalité des conflits divers. Sans compter la difficulté d’être quasi-immortelle et de vieillir infiniment moins vite que ses enfants.
Vaste fable, La Cité de la Victoire nous emporte dans une Inde fantasmée et sensuelle où le pouvoir des mots et de l’imaginaire est toujours aussi puissant face à la bêtise et à la cruauté. Merci Salman.
Carole Vignaud
(*) Bon d’accord j’ai aussi refusé de payer pour qu’elle me réponde. Je croyais que c’était gratuit !