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Publié par Michel Bolasell

Montredon, souviens-toi vigneron de Bernard Revel.

Balzac Editeur, 416 pages, 25 €.
Préface de Claude Marti. Photographies d'Alain Charles.

En fils de l’Aude rebelle et longtemps laissée pour compte par les diverses instances parisiennes, Bernard Revel n’a jamais manqué de fidélité aux siens. Les siens, à savoir ces viticulteurs courageux, saignés à blanc par l’État et pieds et mains liés par les injonctions de Bruxelles, qu’il n’a cessé de défendre à travers plusieurs livres et une pléthore de chroniques journalistiques dans L’Indépendant dont il fut une plume majeure plusieurs décennies durant, puis dans La Semaine du Roussillon, tout récemment avec son « Libérez Teisseyre ».
Une volonté sans faille de conter l’existence des sans-grade, comme celle des troubadours ou des poètes, qui n'est pas du fait de son seul talent d’écriture.
Pour mieux comprendre le feu intérieur de ce Carcassonnais, il faut sans doute se référer à cette quête biographique qu’il nous donne à lire dans le premier tome de L’Enfant de la Matrie. « Je vivais dans la lune entre Corbières et Canigou. Et moi au milieu, tout petit, j’étais enveloppé de jeunesse », écrivait-il pour décrire cette ferme nommée Matrie, en référence au terroir natal. Si ce temps de l’enfance paraît, a priori, bien éloigné de la thématique de son dernier ouvrage, il en constitue cependant tout le suc.

Car, tout autant que de retracer l’épopée chronologique d’une révolte vigneronne, Bernard Revel restitue l’humanisme de tous ces viticulteurs du Midi, à ce point délestés du fruit de leur labeur qu’ils n’eurent bientôt plus que l’action violente pour faire entendre leur voix. C’est dire que, par-delà la stricte chronologie des affrontements,  ce sont d’émouvants portraits qui émaillent cet ouvrage dont les images et les voix résonnent encore aujourd’hui.
Celles de Marcellin Albert lors des premières manifestations de Carcassonne à l’orée du siècle précédent, celle du député de l’Hérault, Édouard Barthe, trois décennies plus tard, ou encore celle d’André Cases, passionné de rugby aux côtés de Laurent Spanghero autant que de son terroir viticole, dont il fait une émouvante élégie : « Regarde, c’est plein de pudeur, une vigne. Elle cache ses fruits sous ses branches, les tient au chaud comme une cane qui rassemble ses petits sous son aile. » Une verve poétique qui, au gré des promesses non tenues des gouvernants successifs, n’aura d’égal que les coups d’éclat légitimement plus véhéments des leaders de la révolte. Ceux d’André Castéra "le Terrible" et André Cases d’abord, puis d’une cohorte de contestataires tels que le tribun Emmanuel Maffre-Baugé, le Faucon Jean Vialade, le bouillant Michel Romain, Jean Huillet et bien d’autres qui luttèrent courageusement contre l’iniquité.

Autant de porte-parole de la sédition auxquels vont s’agrèger les pamphlets d’échotiers comme Fabre-Colbert ou les refrains du chanteur Claude Marti, dont le slogan « Ome d’Oc, as dreit a la paraula, parla ! » — Homme d’Occitanie, tu as droit à la parole : parle ! — deviendra un cri du cœur générationnel.
Décrite ensuite dans une fidèle succession d’événements depuis les années 70 jusqu'à 2025, cette guerre du vin se déploie ainsi au long d’une trentaine de chapitres aux libellés évocateurs.
Du « Coup de Verzeille » à « La nuit blanche de Lagrasse », en passant par le « Raid chez le milliardaire rouge » ou encore « Libérez Teisseyre » et « L'Aude aux commandes », ce sont autant de hauts faits, ciselés en hommage à tous ces gens de la terre ne voulant pas mourir, que Bernard Revel nous relate avec acuité et authenticité.
Un livre que Claude Marti conseille dans la préface « de déguster gravement, à l’ombre d’une treille, un verre d’excellent vin d’ici à portée de la main. Un ouvrage souverain contre l’amnésie et, par conséquent, pour l’intelligence. »

Michel Bolasell
(Article publié sur le site littéraire marenostrum.pm)

Ci-dessous : interview parue dans L'Indépendant du 30 juin 2026.

 

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