Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publié par Bernard Revel

Mystiques Méditerranéennes. Thierry Grillet

Editions Les Presses Littéraires, 245 pages.
Préface de Sébastien Navarro, postface de Michel Cadé.

Sous-titré « L’histoire oubliée de notre civilisation », ce livre fait suite à « Mystiques Méditerranéennes et autres nouvelles historiques » publié en 2021.

L’Histoire avec un grand H ou plutôt avec une grande tâche… de sang.
C’est ce sang répandu pendant des siècles qui donne son unité aux « Mystiques méditerranéennes » de Thierry Grillet. Ce reporter des pages magazine de L’Indépendant n’est pourtant pas un historien au sens propre du terme. Il y a trop de passion, trop d’indignation et de colère en lui pour prétendre à la sacro-sainte objectivité dont se parent d’éminents universitaires. A la vérité érigée en science, il préfère ses quatre vérités. Ce qui n’a rien à voir avec les fake news dont on nous abreuve car les accusations qu’il assène sont établies par les faits. « J’ai une hostilité farouche envers ceux qui engendrent le chaos dans les consciences », prévient-il d’emblée tout en reconnaissant sa difficulté « de se débattre dans un humanisme combatif ». Mais qu’importe. Il se lance dans la mêlée. Partant du principe que les fléaux d’aujourd’hui – racisme, antisémitisme, violences en tous genres - ont des racines au plus profond de notre histoire, il soutient que tous les malheurs de la civilisation méditerranéenne découlent de l’alliance de l’empire romain avec l’église catholique et de cette dernière avec le chef Franc Clovis. « Deux mille ans de sectarisme, d’effroi, face à des populations le plus souvent indigentes et illettrées » ont engendré la persécution des Bogomiles, des Cathares, des juifs, l’exécution des Templiers, la tuerie de la Saint-Barthélemy, tout être déviant de la droite ligne de Rome étant traité d’hérétique et condamné tels Arius, Priscilien, Origène, Pélage ou Abélard. Pendant ce temps, au Vatican, les papes se vautraient dans l’or et la débauche, faisant de l’église cette « grande prostituée ivre du sang des martyrs » que dénoncèrent les « bons hommes » appelés Cathares.
Que serait devenue la civilisation méditerranéenne si l’église catholique romaine ne l’avait pas tenue sous son joug pendant des siècles, favorisant l’ignorance et la superstition pour mieux régner ? Si, en d’autres termes, le catharisme avait pu répandre librement son message de paix et de tolérance ou si, à l’image du poète et penseur Nahmanide, les habitants des « calls » (quartiers juifs) de Narbonne, de Perpignan, de Gérone ou de Besalù n’avaient pas été condamnés à l’exil ou aux conversions forcées ? On ne peut réécrire l’Histoire. Et Thierry Grillet s’en garde bien. Il constate seulement que l’emprise catholique sur tous les pouvoirs qui ont succédé à l’empire romain nous a privés d’une part de notre héritage méditerranéen.
La deuxième partie du livre est consacrée à des portraits de quelques « hérétiques » modernes que l’Eglise n’a plus eu, grâce à Dieu, le droit d’occire : l’écrivain audois Joseph Delteil qui proclamait : « L’art c’est moi » et qui, loin de Paris, prit « le maquis de l’âme » ; le Carcassonnais Jean Journet, prédicateur utopiste ; le poète narbonnais Pierre Reverdy, « cette voix d’ombre dans notre jeunesse »selon Louis Aragon ; mais aussi George Orwell, le sauveur de juifs Varian Fry et Don Quichotte dont les aventures dorment dans leur toute première édition de 1605 sous la haute protection de la bibliothèque du château de Peralada près de Figuères. Art populaire rebelle, le flamenco ferme le livre avec la voix de Camaron de la Isla et la guitare de Paco de Lucia.
Lecture déconcertante qui a le mérite de mettre en question nos certitudes, ces « Mystiques » trouvent une conclusion qui appelle à la prudence avec ces mots de Michel Cadé : « Ayant vieilli, devenu historien, si je garde pour les bons hommes une sympathie au-delà de leur statut de victime, je m’interroge sur l’idéologie, finalement mortifère, du manichéisme médiéval. Souvent la vertu extrême est l’antichambre des plus grands vices ».

Bernard Revel

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article